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Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité

Un sentiment mitigé chez les défenseurs du suicide assisté

Stéphan Dufour a été acquitté vendredi du meurtre de son oncle.
© Collaboration spéciale Stéphan Dufour a été acquitté vendredi du meurtre de son oncle.

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Tout en se réjouissant que Stéphan Dufour n'ait pas à purger une peine de prison, Hélène Bolduc, présidente de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD), pense que ce cas ne fera pas jurisprudence.

« Pendant le procès, il a été question des capacités mentales affaiblies de M. Dufour. Donc, je crois que ça restera un cas isolé, pense Mme Bolduc. Si ça avait été quelqu'un de solide mentalement, qui aurait voulu tester le Code criminel, la décision aurait pu être bien différente. »

Au Canada, une personne reconnue coupable de complicité pour commettre un suicide risque 14 ans de pénitencier.

La présidente de l'AQDMD fait une distinction nette entre l'aide au suicide, réalisée par des proches sous l'insistance des personnes malades, et le suicide assisté qui ne peut avoir lieu que sous supervision médicale et dont les détails sont entourés de façon très stricte. Pour l'heure, le suicide assisté est autorisé aux Pays-Bas, en Suisse et dans certains États américains.

« Si le suicide assisté avait été légal au Canada, nous aurions pu éviter à M. Dufour d'être confronté à cette situation, rapporte-t-elle. Ce qui est dommage, c'est qu'on ne saura jamais si Chantal Maltais (l'oncle de Stéphan Dufour) aurait pu bénéficier d'une aide médicale ».

D'après Mme Dufour, il est urgent d'avoir un « débat de société autour de cette question très émotive et qui suscite de multiples résistances de la part des Églises, de certaines personnes qui travaillent en soins palliatifs et chez les éthiciens ».

À Ottawa, la députée bloquiste Francine Lalonde essaye depuis des années de faire adopter un projet de loi afin d'introduire la notion du « droit de mourir dignement » dans la législation canadienne. Pour l'instant, ce projet n'a jamais dépassé le stade des discussions préliminaires. « Idéalement, il faudrait qu'une commission parlementaire se penche sur le dossier et qu'il y ait un débat et un vote libres sur la question », suggère Hélène Dufour.

Au Centre de prévention du suicide de Québec, on avoue ne pas connaître les tenants et aboutissants du dossier de Stéphan Dufour. « Cela dit, on ne peut pas cautionner l'acte d'aider quelqu'un à se suicider », lâche la directrice Sylvie Nadeau.

Des cas célèbres à travers le Canada et le Québec

1- Atteinte de la maladie de Lou Gehrig (sclérose latérale amyotropique), Sue Rodriguez, de Victoria (Colombie-Britannique), dépose une requête devant les tribunaux pour qu'on l'autorise à mettre un terme à ses souffrances. Devant le refus des tribunaux de sa province et celui de la Cour suprême du Canada, la femme s'est tout de même enlevée la vie, en 1994, vraisemblablement à l'aide d'un médecin anonyme (source : le Dr. Marcel Boisvert, une autorité en matière de soins palliatifs).

2 - Nancy B. demande à la Cour supérieure d'ordonner que l'on débranche le respirateur qui la maintient en vie depuis deux ans et demi. Elle est atteinte du syndrome de Guillain-Barré, une maladie rare qui la garde complètement paralysée au département des soins intensifs de l'Hôtel-Dieu de Québec. Le juge Jacques Dufour, le plus expérimenté des juges de la Cour supérieure du Québec, rencontre la jeune patiente avant de prendre une décision, ce qui constitue une première au Canada. Le 6 janvier 1992, il décrète que le médecin de Nancy B. doit se rendre à la volonté de sa patiente et qu'il interrompre le traitement qui la tient artificiellement en vie. La Cour supérieure, dans un jugement retentissant, fera une nette distinction entre l'euthanasie et la fin du traitement que réclame la Nancy B. (Source : Université de Sherbrooke).

3 - En 2005, à Sherbrooke, André Bergeron acquiesce aux demandes répétées de sa femme qui le supplie de l'aider à mourir. Cette dernière souffre de l'ataxie de Friedreich, une maladie neuro-dégénérative incurable. M. Bergeron, qui jure avoir agi par amour pour sa femme, est condamné à trois ans de probation. Il ne fera pas de prison.

4 - En 2006, un juge évite la prison à Marielle Houle, coupable d'avoir accepté d'aider son fils, lourdement handicapé, à se suicider. Tout comme M. Bergeron, Mme Houle est condamnée à trois ans de probation et évite la prison.

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