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Chronique

Le Mirador de Québec

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Les contribuables de Québec donnent 300 000 $ à un fantaisiste des communications pour se faire ridiculiser dans tout le Canada et à l'étranger.

Une petite caste de publicistes locaux, partis à la chasse aux contrats qui suivront le rapport de Clotaire Rapaille, se plaît à répéter que la démarche est originale, innovatrice, qu'il est intéressant qu'une sommité internationale parmi les faiseurs d'image nous examine avec le recul d'un étranger. En somme, il serait in d'embarquer derrière eux dans la fumisterie.

Le véritable masochisme des gens de Québec, il est là. Se prostrer pour mieux se faire fouetter et applaudir le visiteur fouettard prétentieux que nous accueillons en colonisés.

Les propos tenus par Rapaille mercredi, répercutés par tous les médias, dont le pancanadien Globe and Mail, ont déjà fait le tour du pays. Ce n'est qu'un début.

Le maire Régis Labeaume ne souhaitait initialement que modifier la signature de Québec : Vieille Capitale. Il voulait une identification plus représentative du dynamisme de la ville, devenue un important centre de recherche au Canada, un gros laboratoire des hautes technologies des communications, bouillonnant de grands événements culturels et sportifs de calibre international. Un contrat a été donné sans appel d'offres à Clotaire Rapaille, un « psychanalyste des marques », Français vivant à New York, qui a déjà cerné les « codes » de villes comme Singapour, Hong Kong et Dubaï.

Le petit monde des communicateurs de Québec, dont sont issus Louis Côté, directeur de cabinet de M. Labeaume, et Lyne-Sylvie Perron, son adjointe, était dans un état d'excitation avancé. La télésérie Mirador est de la petite bière à côté de ce qui allait se dérouler à Québec. L'effervescence a atteint son paroxysme lorsque l'on a appris que les agences locales de publicité hériteraient des contrats pour transposer dans l'image de la ville le « code » de Rapaille. Confrontés aux propos du génie, élus municipaux et vendeurs de savon des agences locales étaient prêts à de l'aplatventrisme hier, d'une part pour justifier cette embauche et d'autre part pour ne pas se disqualifier devant le maire pour de lucratifs contrats.

Les premiers résultats de l'opération Rapaille sont aux antipodes de l'objectif visé par le maire. Son diagnostic nous collera à la peau pour un bon bout de temps : des déviants sexuels, complexés et névrosés. De prime abord, les coups de gueule de Rapaille peuvent provoquer une réaction d'amusement. Le fameux « mystère de Québec » sur lequel se penchent tous les analystes politiques depuis la montée à Québec du Parti conservateur et de l'Action démocratique aurait donc enfin été percé!

Lorsque l'on reçoit des appels, très sarcastiques, de journalistes torontois pour des entrevues sur les reproches de Rapaille et que l'on pèse les dégâts causés par ses paroles tonitruantes, il n'y a toutefois plus rien de drôle.

De Taillibert à Rapaille

Au moins, les Montréalais et les Québécois des autres régions sont mal placés pour se bidonner aujourd'hui à nos dépens.

L'embauche de Clotaire Rapaille découle du même réflexe de complexé que celle par Jean Drapeau d'un autre Français suffisant, Roger Taillibert, au début des années 70, pour nous dessiner un stade olympique. Cette référence m'était instantanément venue à l'esprit lorsque cette décision a été annoncée.

Depuis 40 ans, nous avons gaspillé la valeur en dollars de trois superstades pour un gros bidet inutilisable et qui est maintenant un objet de honte collective.

Le recours à Rapaille collera à Régis Labeaume comme Taillibert a collé à Jean Drapeau et a attiré sur l'ex-maire de Montréal beaucoup de discrédit.

jjacques.samson@journaldequebec.com

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