/opinion/columnists
Navigation
Chronique

Un Québec sans boss

Coup d'oeil sur cet article

Le diagnostic du docteur Gaétan Barrette est implacable: ceux qui dirigent le Québec ne dirigent pas. La crise des finances publiques et les problèmes récurrents du système de santé découlent de ce grave manque de leadership.

Le président de la puissante Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a aligné, hier, au cours d'une entrevue au Journal, une série de décisions qu'il prendrait rapidement comme ministre de la Santé, à commencer par l'instauration d'un ticket modérateur et une plus large place au secteur privé, à la condition que cela ne se fasse pas au détriment du réseau public.

Le docteur Barrette mène une campagne préparatoire au dépôt des propositions des médecins spécialistes en vue du renouvellement de leur entente de travail. Un conflit se dessine et il prévient même que ses membres descendront dans la rue si le gouvernement Charest remet en question le rattrapage salarial amorcé pour leur permettre de se rapprocher, en 2016, (à moins 13 %) du salaire moyen des spécialistes au Canada.

L'originalité de la démarche du docteur Barrette tient au fait qu'il identifie des actions précises à poser, parfois très simples, pour régler les principaux ratés du système, des pistes d'économies qu'il est possible de réaliser (par exemple sur le prix des médicaments génériques), mais il concède froidement qu'il y aurait néanmoins un coût additionnel à assumer, peut-être de un milliard, pour répondre adéquatement à la demande. Si des superinfirmières sont ajoutées en grand nombre, si les médecins posent plus d'actes, il y aura inévitablement des coûts.

Manque de courage

Les politiciens n'ont toutefois pas le courage de dire non aux influents lobbys qui parasitent le système de santé, ni celui d'affronter la population pour expliquer la nécessité de faire un effort de financement supplémentaire pour la santé et encore moins d'abattre des vaches sacrées.

Le docteur Barrette a dramatiquement raison sur l'absence actuelle de leadership. Le problème du Québec est que le seul autre parti politique qui peut sérieusement aspirer à l'exercice du pouvoir, le Parti québécois, n'a pas dans le passé posé les gestes préconisés par le docteur Barrette et il ne les poserait pas plus s'il était à nouveau appelé à former le gouvernement. Ce serait contre nature de sa part d'introduire un ticket modérateur ou de faire plus de place au privé.

Seule l'Action démocratique irait peut-être de l'avant, mais ce parti est en lambeaux.

Même s'il ne ferme pas la porte à un saut en politique pour aller mener lui-même les réformes nécessaires, Gaétan Barrette ne serait donc pas le bienvenu ni au Parti québécois ni au Parti libéral. Les deux protègent le statu quo, en gérant gauchement les crises qui surgissent année après année et auxquelles ils apportent des demi-solutions temporaires.

Et à tour de rôle, ils promettent aux Québécois depuis trente ans qu'ils seront mieux soignés s'ils sont portés au pouvoir. Ils excusent ensuite leur inaction par l'héritage qui leur a été laissé.

« Gaétan la terreur » aurait la personnalité voulue pour apporter des changements en profondeur afin de moderniser le système de santé québécois. Mais certains des remèdes qu'il prescrit supposeraient qu'il soit lui-même premier ministre et à la tête d'un nouveau parti pour être adoptés.

Une chose est plus probable: sur la toile de fond présentée hier, les négociations avec les médecins spécialistes pourraient tourner en psychodrame si le gouvernement ne s'écrase pas.

jjacques.samson@journaldequebec.com

Commentaires