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Chronique

Monseigneur à contre-courant

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Le cardinal Marc Ouellet a, à ne pas en douter, le sens de la formule et le courage de défendre sa foi et son église sur la place publique. Il faut lui reconnaître cette constance dans ses convictions. Ce discours est toutefois en rupture complète avec la réalité d'une majorité de la population au Québec et au Canada.

Devant la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables en octobre 2007, il avait lancé un retentissant « Québec, qu'as-tu fait de ton baptême? » et dénoncé le « vide spirituel qui mine de l'intérieur la culture québécoise ». Notre société a peut-être abandonné trop rapidement certaines de ses valeurs et des symboles qui ont nourri son histoire, mais on ne peut pas vivre non plus dans la nostalgie des années '50.

Quelques mois plus tard, il faisait parvenir une lettre aux quotidiens pour déplorer « tout le mal » que l'Église catholique a pu faire et demander un pardon marqué d'humilité. Dans sa missive, l'archevêque battait sa coulpe pour des attitudes étroites qui ont conduit au racisme, à l'antisémitisme, à la discrimination face aux femmes, aux homosexuels et aux autochtones. Voilà qui faisait plaisir à entendre.

Le pape Benoit XVI s'est retrouvé sur la sellette depuis des semaines alors que des scandales faisant état d'activités pédophiles de prêtres ont éclaté au grand jour. Saint-Pierre de Rome a tremblé sur ses fondations. L'Église catholique a fait preuve de mollesse, quand elle n'a pas cherché à cacher des actes criminels commis pendant des années par des prêtres, si bien qu'elle est aux prises avec des poursuites aux quatre coins de la planète. L'archevêque de Québec a dénoncé ces agissements et réaffirmé la politique de tolérance zéro. Il s'est illustré par ailleurs en se portant à la défense de Benoit XVI, un pape mal-aimé, et a blâmé les médias qui ne faisaient pourtant que leur travail en déterrant ces scandales.

En fin de semaine dernière, Mgr Ouellet a prononcé un discours devant un regroupement de médecins catholiques à Montréal, discours qui est passé, dans un premier temps, inaperçu. Reprenant le bâton du pèlerin, Mgr Ouellet a cherché à nouveau à ramener les grands préceptes du catholicisme. Le texte transpire la rigidité idéologique en dénonçant la décriminalisation de l'euthanasie et de l'avortement. « Une culture de mort », tranche le primat de l'église canadienne qui englobe dans son homélie les manipulations génétiques, le recours aux cellules-souches, etc.

La question de l'avortement est une cause entendue depuis longtemps au Canada et même le gouvernement Harper, enraciné dans le Reform party, considère le dossier clos. Un projet de loi de la députée bloquiste Francine Lalonde sur l'euthanasie et le suicide assisté a été défait récemment. Quant au Québec, il mènera sous peu une consultation sur le droit de mourir dans la dignité, avant de faire des recommandations au fédéral.

Selon le cardinal, Dieu seul a le droit souverain sur la vie et il redoute qu'avec « l'inflation des droits de l'homme », les pauvres et les êtres les plus fragiles soient sacrifiés dans une société dominée par l'argent et la puissance des médias.

Le prêche de Mgr Ouellet rappelle pourquoi les églises ont été désertées. Ce discours ne colle plus au Québec moderne et les ouailles n'écoutent plus.

donald.charette@journaldequebec.com

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