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Chronique

Les tableaux de la mairesse

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Le maire Régis Labeaume a l'habitude de la controverse. Celle qu'il vient de déclencher en voulant vendre les tableaux de l'ex-mairesse Andrée P. Boucher apparaît mal engagée et futile.

Pour le moment, on ignore si le maire de Québec cherche à liquider ces toiles pour garnir les coffres de la Ville ou si, plutôt, il trouve ridicule que seuls quelques privilégiés, qui travaillent dans le bureau de l'arrondissement Sainte-Foy-Sillery, puissent les admirer.

Si c'est pour faire de l'argent, la logique est simpliste. La Ville procède actuellement à une évaluation de ces oeuvres qui auraient une valeur toute relative, selon un expert que nous avons consulté.

Dans un budget de la taille de la Ville de Québec, 1 milliard de dollars, la vente de ces tableaux aurait un impact marginal. Un René Richard ne couvrirait même pas la facture de Clothaire Rapaille ou la note de certaines missions à l'étranger.

Par ailleurs, ces toiles font partie du patrimoine de la Ville et doivent être considérées comme un actif. Elles ont été payées par les taxes des citoyens de Sainte-Foy, avant les fusions municipales, et font partie de la dot de la mariée. Il serait mal avisé de brader ce pécule pour payer du temps de glace dans un aréna ou du ramassage de poubelles.

Le « Taj Mahal »

Envers et contre tous, la mairesse Boucher s'est construit, dans les années 80, un hôtel de ville de grande classe que les citoyens ont rapidement baptisé le « Taj Mahal » de Sainte-Foy. Pour parvenir à ses fins, Mme Boucher a passé outre à une signature de registre. La Ville de Sainte-Foy avait toutefois les moyens de ses ambitions, bénéficiant de revenus de taxation très confortables. Le bureau d'arrondissement, judicieusement nommé édifice Andrée P. Boucher, a coûté 41 millions de dollars, mais n'a pas fait basculer Ste-Foy dans un bain d'encre rouge.

La mairesse aimait rappeler que son hôtel de ville était à peu près payé au moment de son inauguration.

C'était donc son bébé et elle s'est impliquée dans toutes les étapes de sa conception et de sa construction.

C'est elle qui a choisi le mobilier, la décoration, la couleur sur les murs. À titre anecdotique, c'est la mairesse qui s'est rendue chez Simon's acheter les oreillers destinés à la caserne des pompiers! Alors le Taj Mahal porte son empreinte personnelle, ce qui explique la montée de lait de sa famille.

Les tableaux de grands peintres ont été sélectionnés par Mme Boucher en raison de leur classicisme et de leur valeur marchande qui ne peut qu'augmenter.

Aujourd'hui, un maire pourrait difficilement se permettre de telles fantaisies budgétaires et serait flagellé sur la place publique. Contrairement au maire Jean Drapeau de Montréal, qui nous a laissé un monument hypothéqué à l'os, le stade olympique, la mairesse payait pour ses goûts luxueux.

Si notre maire est mu par un désir de démocratiser l'art et souhaite le rendre accessible au plus grand nombre, soit, on ne voit pas pourquoi quelques employés de la Ville jouiraient de ce rare privilège. Transférons plutôt ces toiles dans un endroit public accessible, car elles nous appartiennent collectivement.

Si l'intention du maire était de mettre en lumière des trésors cachés de Sainte-Foy et de lancer un débat, alors là c'est réussi.

donald.charette@journaldequebec.com

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