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Chronique

Les tableaux rapaillés

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Régis Labeaume tirerait de grands bienfaits de séances régulières de yoga. Vérification faite au Centre de yoga de Sainte-Foy, les tarifs varient même selon que vous soyez ou non résident de la ville de Québec.

Ma collègue Karine Gagnon a provoqué une autre petite crise politique en révélant que le maire avait l'intention de vendre les tableaux acquis par la mairesse Andrée P. Boucher pour orner les murs de « son » hôtel de ville de Sainte-Foy. La famille Boucher, des artistes et des citoyens en colère, l'ont affublé de tous les noms. M. Labeaume, de son côté, disait avec raison que ce n'est pas la vocation d'une ville de conserver des oeuvres de valeur et qu'un édifice administratif n'était pas un musée.

Je rejoins le maire entre autres sur ce point : c'est une aberration que des oeuvres de peintres réputés soient accrochées dans des bureaux fermés de hauts fonctionnaires qui deviennent ainsi les seuls à en profiter. D'autre part, à moins d'exceptions, une ville n'a pas à utiliser les fonds publics pour acheter des oeuvres d'art, sinon pour honorer par exemple un artiste local qui a atteint un statut exceptionnel. Les oeuvres en question, tout comme les cadeaux reçus, devraient alors être placés bien en vue, dans des lieux publics très fréquentés.

Vite sur la gachette

M. Labeaume s'est cependant fourvoyé deux fois plutôt qu'une. D'abord, il n'avait pas fait vérifier le contrat d'acquisition des deux René Richard achetés par Mme Boucher, les deux oeuvres de plus grande valeur de la « collection Boucher ». Ensuite, Le Journal de Québec a fait évaluer par une spécialiste les 11 tableaux supposément les plus coûteux et la valeur totale était d'environ 100 000 $. M. Labeaume ne se serait sûrement pas lancé dans une telle controverse s'il avait été au fait de la petite somme en jeu : 100 000 $ sur un budget annuel de 1 milliard de dollars. L'évaluation commandée par Le Journal a pourtant été complétée en un après-midi seulement.

Labeaume vs Labeaume

Cette crisette politique s'est même terminée lundi par l'expulsion, par des policiers, du conseiller Yvon Bussières. Ce dernier a plaidé pour que le maire fasse marche arrière et conserve les tableaux. M. Labeaume a répliqué en accusant M. Bussières de faire preuve « d'un petit opportunisme dégoûtant ».

J'ai souvent dit que le plus redoutable adversaire de Régis Labeaume était. Régis Labeaume. Depuis qu'il détient une aussi forte majorité et qu'il est devenu une vedette des médias nationaux, le style Labeaume a exacerbé. Le maire parle souvent trop vite, il est agressif (rappelez-vous sa sortie contre la journaliste Isabelle Porter du Devoir à la fin de l'épisode Rapaille) et il lance des injures à la volée. D'autres fois, il boude.

Le maire ne tolère aucune opposition ou même résistance, qu'elle provienne d'élus, de journalistes ou de citoyens. Sur ce dernier plan, il présente déjà, après deux années et une demie seulement à la mairie, les mêmes travers que les Jean Pelletier et Jean-Paul L'Allier, en fin de régime.

Le maire empoisonne alors inutilement le climat et il nuit à son image. M. Labeaume a procuré une visibilité incroyable à la ville de Québec ; il a soufflé un vent de positivisme sur la ville ; son cerveau est une véritable dynamo d'idées et de projets et il est un bon communicateur. Son agressivité est cependant gratuite et mal contrôlée.

Les citoyens de Québec apprécient les qualités du maire. Pourrait-il conserver celles-ci tout en étant un peu plus zen, en jouant davantage les cartes du respect, des argumentations implacables, de l'humour. L'auto-dérision est aussi très efficace, après s'être mis un pied dans la bouche.

jjacques.samson@journaldequebec.com

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