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Chronique

Les listes des ti-z-amis

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Le choix de nombreuses personnes pour des postes importants aux conseils de sociétés d'État ou à la tête d'organismes gouvernementaux s'est fait « sur la gueule » en 2003-2004, à l'arrivée au pouvoir de Jean Charest, par des apparatchiks du Parti libéral du Québec et des collecteurs de fonds.

C'est en résumé ce qui ressort du témoignage haut en couleurs qu'a commencé à livrer hier le comptable Charles Rondeau. M. Rondeau a eu une vingtaine de rencontres en six mois après l'élection de 2003 pour des séances de travail avec Chantal Landry, l'ex-organisatrice en chef du PLQ pour l'est du Québec. Violette Trépannier, responsable de l'organisation et du financement au quartier général à Montréal, Benoît Savard qui allait devenir organisateur en chef du PLQ, ont aussi participé à certaines de ces rencontres. Celles-ci se tenaient aux bureaux mêmes du premier ministre.

La sélection se faisait à partir des relations personnelles des membres de ce quatuor ou de recommandations de leurs connaissances. Les listes de membres du PLQ et de souscripteurs à la caisse du parti servaient de bassin de recrutement, pouvait-on déduire de son témoignage puisque Mme Landry était chargée du «screening» final. Pas de grille d'analyse des candidatures, pas une série de critères objectifs à rencontrer, les choix étaient discrétionnaires.

Une telle improvisation dans l'installation du nouveau gouvernement et le rôle clé joué par des employés et bénévoles du PLQ qui se sont littéralement emparés de l'appareil public, sont des révélations bouleversantes pour les citoyens.

Témoin transparent

Débonnaire, M. Rondeau a fait rire la salle à de nombreuses reprises par ses boutades colorées, alors que l'on s'attendait à un témoignage fade et minimaliste de la part de ce comptable réputé préférer les coulisses aux caméras. M. Rouleau s'est montré transparent, tout comme l'avait été l'organisateur Marcel Leblanc, son ami.

Il n'a fait aucun mystère du rôle qu'il a joué dans cette opération de remplissage par des sympathisants des postes libres dans l'appareil et du rôle d'intermédiaire qu'il a joué dans la nomination du juge en chef adjoint, Michel Simard, à la demande de ce dernier.

Le nerf de la guerre

C'est un véritable cours de politique 101 qu'il a donné hier à la population, sur une facette particulièrement méconnue des non-initiés, le travail dans l'ombre des gros collecteurs de fonds et le pouvoir que détiennent ceux-ci au bureau du premier ministre et auprès des ministres. L'argent est le nerf de la guerre en politique; ces collecteurs de fonds sont des gens de pouvoir et ils ne se gênent pas pour l'exercer, une fois que leur parti a remporté les élections.

Pour être efficaces ultérieurement dans la collecte de fonds, il leur faut livrer la marchandise lorsque des gens leur demandent d'intervenir en leur faveur auprès du gouvernement.

Cela doit en plus se savoir largement dans différents milieux que les amis du régime sont récompensés, grâce à leur influence.

Lorsque Charles Rouleau a expliqué qu'il avait aidé bénévolement Chantal Landry dans sa fastidieuse tâche de choix de candidats pour divers postes, il servait son gouvernement en l'assurant d'une solide main mise sur l'appareil public mais il garantissait du même coup le succès de ses futures activités de financement. Il retournait des ascenseurs et, en même temps, il démontrait son poids personnel.

On ne refuse pas d'acheter une carte pour un tournoi de golf ou pour un cocktail de financement à un quelqu'un d'aussi influent !

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