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chronique

Camouflage salarial

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L'enquête de TVA Nouvelles sur les salaires réels des maires de la couronne nord de Montréal fait ressortir une nouvelle fois l'hypocrisie qui enveloppe la rémunération des élus, à tous les paliers de l'administration publique.

Les constatations faites dans cette région valent pour tout le Québec.

La vie politique est très exigeante et, pour attirer des personnes de qualité, les salaires payés aux élus doivent être proportionnels au travail à abattre. La politique de proximité au niveau municipal est même souvent plus accaparante parce qu'elle répond aux besoins concrets premiers des citoyens. D'importantes responsabilités ont en plus été déléguées aux municipalités au fil des dernières années sur l'occupation du territoire, différentes facettes de la protection de l'environnement, la sécurité publique, le développement économique, etc. Les dossiers traités sont aussi de plus en plus complexes.

La structure salariale

Les salaires de base des maires varient, en vertu de la loi, en fonction du nombre d'habitants. Ils sont décrétés par Québec. L'hypocrisie se situe plutôt au niveau des allocations de dépenses non imposables et aux différentes primes versées en sus pour siéger aux tables de divers organismes. Il est incontournable qu'un maire soit membre du comité exécutif de sa ville. Il est aussi tenu de siéger à la communauté métropolitaine, à la MRC, à la Conférence régionale des élus. Ces présences sont inhérentes à la fonction. Les maires gonflent cependant leur salaire officiel de 30 % ou 40 % avec les primes qui y sont attachées.

La rémunération des élus a donné lieu de tout temps à des dénonciations démagogiques. Les élus craignent la réaction populaire face à des niveaux de salaires relativement élevés. Autant au fédéral, au provincial qu'au municipal, la véritable rémunération est donc camouflée dans une panoplie de primes.

Ce manque de transparence

Ce manque de transparence ne peut qu'accentuer le cynisme à l'endroit de la classe politique, lorsque la véritable rémunération est révélée à la suite d'une enquête journalistique.

Si la lourdeur et la complexité de la tâche pour une ville de 40 000 habitants valent bien quant à moi un salaire annuel de 100 000 $ pour un maire à plein temps, qu'on ait le courage de défendre un tel salaire devant les citoyens et de le voter à visières levées.

Le mauvais exemple

La loi sur le traitement des élus municipaux est votée par les députés à l'Assemblée nationale qui, eux-mêmes, sont passés maîtres dans l'art de maquiller leurs salaires.

Dans leur cas, il faut ajouter au salaire de base de 85 388 $, l'allocation de dépenses de 15 538 $ non imposable, l'allocation de déplacement pour activités politiques dans leur circonscription, qui varie selon la superficie à couvrir, l'allocation de logement à Québec (14 300 $) et les généreuses primes de fonction parlementaire qui varient de 15 % à 105 % du salaire de base.

Ils ont tellement multiplié ces fonctions que seuls quelques rares députés en disgrâce dans leur parti n'ont pas droit à cette dernière bonification de leur salaire.

Ces questions sont négociées derrière des portes closes entre représentants de tous les partis, qui s'entendent alors comme larrons en foire. Il ne faut donc pas attendre d'eux le grand ménage qui s'imposerait dans leur structure salariale et dans celle des maires.

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