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Chronique

Journalisme élitiste

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La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, tiendra cet automne des consultations publiques en vue de créer un titre de journaliste professionnel. Elle juge le métier « en danger », parce que nous préférons nous informer de plus en plus sur le Net.

St-Pierre veut que l'État contrôle nos sources d'information, à commencer par décider qui peut être journaliste officiel. Les reporters sélectionnés se verraient octroyer « des avantages ou des privilèges », « notamment un meilleur accès aux sources gouvernementales ». Autrement dit, des « nananes » aux journalistes domestiqués.

Rapport Payette

Cette proposition découle d'un rapport commandé à Dominique Payette sur l'avenir de l'information « dans le contexte des changements technologiques ». Comme si l'évolution et la multiplication des plates-formes posaient un problème et nécessitaient une intervention de Big Brother. Comme si les blogueurs sont des scabs ou des désinformateurs. Comme si le citoyen n'a pas l'intelligence ou le jugement de choisir à quel média s'abreuver.

St-Pierre et Payette veulent donner le droit exclusif à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec de décerner le titre tant convoité. Et 86,8 % des membres de la FPJQ se prononcent en faveur de ce statut professionnel. Quel courage de vouloir éliminer la concurrence en utilisant la coercition de l'État !

Certains politiciens et journalistes sentent présentement le pouvoir leur glisser entre les doigts. Une société plus scolarisée, où les sources d'information se multiplient, est plus difficile à berner, à dominer. On n'en a plus rien à foutre de leur nostalgie soviétique. Ils n'arrêtent plus le progrès. Lorsque l'État décide qui est journaliste, on assiste à la première étape de la disparition de la liberté de presse, une grave atteinte à notre liberté d'expression. On ouvre la porte à la censure, aux pires tentatives de réduire les voix dissidentes au silence. Parlez-en aux habitants de l'ex-URSS.

Le 4e pouvoir

Le journaliste dans un pays démocratique devrait agir comme contrepoids au gouvernement, pas comme sa créature ni sa marionnette.

St-Pierre et Payette ont ensemble travaillé plus d'un demi-siècle à société d'État Radio-Canada. Il ne faut donc pas se surprendre qu'elles ne voient rien de mal à ce que le gouvernement crée, finance et nomme les dirigeants d'un média. Elles sont le produit du corporatisme syndical et gouvernemental.

Profondément troublant de voir aussi le président de la FPJQ, Brian Myles, vouloir exclure les journalistes citoyens en se créant une clique de privilégiés triés. Personne ne détient le monopole de l'information, encore moins celui de la vérité.

Nez dans les airs

Il y a une manifestation de snobisme envers tous les internautes lorsque cette clique affirme que les bouleversements causés par Internet et les technologies numériques ne sont pas garants « d'une meilleure qualité de l'information ». Les Américains célèbrent au contraire cette diversité. Nos voisins considèrent même qu'elle améliore et augmente les nouvelles locales. Tous les journalistes s'abreuvent et écrivent sur les blogues, Twitter et Facebook.

Quelle hypocrisie!

Le complexe de supériorité des St-Pierre, Payette et Myles de ce monde doit aujourd'hui nous motiver à combattre leur totalitarisme et à nous investir dans les nouvelles technologies pour continuer à démocratiser l'information.

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