La chronique de Patrick Campeau
Un très beau message d’espoir
photo courtoisie
Salut mon chum Daniel Verville… merci pour cette belle leçon de vie et merci d’avoir partagé ta passion.
Chaque jour de notre vie, nous croisons une foule de gens. Chaque individu est unique à sa façon et nous marque pour de bonnes raisons. J’ai fait la connaissance de quelqu’un qui aime la vie plus que toutes les autres personnes que j’ai rencontrées cette année. Il est rempli d’espoir comme nul autre.
Lors d’un récent voyage de chasse au chevreuil en Saskatchewan, à la pourvoirie Western Trophy Outfitters, j’ai été jumelé à un groupe de trois Québécois. J’ai rapidement fraternisé avec Pierre LaMothe, Xavier Cortes et Daniel Verville.
Lors de la deuxième journée, après que chacun de nous ait passé plus de 11 heures perché dans un mirador, nous nous sommes assis pour souper. À tour de rôle, nous avons raconté ce qui s’était passé lors de cette période. Pierre nous a alors appris qu’il a déjoué un beau 10 pointes. Tout le monde était fier pour lui. Nous nous sommes tous plaints du froid et d’une température vraiment très humide, sauf Daniel. Pour sa part, il a plutôt expliqué d’une façon légèrement philosophique que pour lui, chaque minute passée dans un mirador était l’équivalent de 60 secondes assis au paradis.
J’ai pris quelques minutes pour discuter avec ce gentil homme. Il se démarquait vraiment des autres invités par sa bonne humeur et sa jovialité. C’était le chasseur de son groupe qui semblait avoir le plus d’expérience dans le domaine. Il m’a confié qu’il chassait partout où il y avait de gros bucks, comme en Ontario, dans l’ouest canadien, dans certains secteurs du Québec, etc. Il me disait en riant qu’il avait une vive passion pour le dindon sauvage, mais qu’il préférait les cervidés trophées.
Le temps importe peu
À la fin du troisième jour, je lui dis avoir vu un beau huit pointes et avoir préféré le laisser passer, espérant ainsi en attraper un plus gros. Il me répond alors que pour sa part, il était vraiment patient et qu’il voulait un buck de très grande taille. L’année précédente, au même endroit, il a attendu à la toute dernière minute avant de faire feu sur un gros spécimen. Cette année, il souhaitait vraiment attendre que le trophée de ses rêves se pointe le bout du museau. Il ne dérogerait pas de son plan, avant d’obtenir ce qu’il désirait. Il était même prêt à revenir bredouille. Il semblait incroyablement déterminé. Il me répéta encore une fois que lorsqu’il était dans sa cache, il avait l’impression d’être au paradis.
Au cours de la discussion, je lui ai demandé si sa femme travaillait et il m’a répondu de façon affirmative. Il a même surenchéri en me disant qu’il avait trois enfants en bas âge. J’ai ajouté qu’il devait avoir très peu de temps à consacrer à la chasse. Il m’a répondu que son épouse était extraordinaire, qu’elle prenait bien soin de ses enfants et qu’elle le laissait aller courir les bois aussi souvent qu’il le voulait et qu’il le pouvait, en fonction de ses horaires. J’ai alors tenté de faire une farce en lui disant qu’il devait avoir beaucoup d’air lousse. Sa réponse m’a sidéré. D’un air, on ne peut plus serein, il m’a raconté qu’il n’aimait pas en parler, mais qu’il ne savait pas combien de temps il lui restait à vivre.
De graves problèmes
En 2007, le pneumologue de cet homme alors âgé de seulement 35 ans lui annonce que le cancer a attaqué un de ses poumons. Peu de temps après, les médecins lui ont enlevé la pointe inférieure de l’un de ces deux organes vitaux. Les spécialistes lui ont alors accordé une convalescence de six mois. Étant incapable de demeurer inactif, il reprend ses fonctions de policier après seulement 30 jours. Dès sa première journée de service, il court après un malfaiteur, comme si de rien n'était, et il le rejoint. L’intervention semblait avoir été une vraie réussite et notre passionné de la vie se portait à merveille.
Malheureusement, quelques mois plus tard, les symptômes refont surface et la condition physique de M. Verville se détériore rapidement. Il crache et restitue beaucoup de sang. Les oncologues découvrent alors que le satané cancer est réapparu, mais sous une forme beaucoup plus virulente et agressive. On lui apprend qu’ils devront enlever le reste du poumon qui avait été opéré, mais qu’en plus, l’enveloppe du cœur était atteinte. Il a alors vu sa vie filer entre ses doigts. On lui annonce par surcroît qu’il y a
25 % de probabilités qu’il ne survive pas à l’opération. Puis, même s’il s’en remet, à cause de toutes les complications possibles, ses chances de guérison sont presque nulles. Je crois qu’à ce point, nous pouvons tous imaginer le drame. Avant de passer au bistouri, il a fait ses adieux à ceux qu’il aime.
À son réveil, les médecins lui disent qu’ils ont effectivement dû lui retirer un poumon en entier et qu’en plus, ils ont été obligés de traiter une petite portion de son cœur.
Quelques semaines plus tard, Daniel reçoit un premier traitement de chimiothérapie de quatre heures. Avant la fin de ce dernier, il a les doigts et les orteils tout engourdis. Il demande à l’infirmière s’il s’agit d’un effet secondaire normal. Cette dernière lui répond qu’il perdra fort possiblement toute sensibilité au bout des extrémités et qu’il ne pourra certainement plus exercer son métier de policier, qui le rend si fier et heureux. Sur le coup, il réalise aussi qu’il ne pourra plus jamais chasser. M. Verville décide donc d’arrêter toutes formes de traitements, au grand regret de son docteur qui lui annonce qu’en agissant de la sorte, ses jours sont comptés.
Positivisme
Faisant face à un avenir plutôt démoralisant, Daniel a décidé de prendre son courage à deux mains et s’est conditionné à survivre et surtout à vivre pleinement. Il veut profiter de tous les instants de sursis qui lui sont accordés. Même si son espérance de vie est limitée, il agit comme si ce n’était pas le cas. Il ne nie rien, il a une force de vivre et une attitude incroyablement positive.
Pour vous donner une meilleure idée, le corps médical l’avait mis en convalescence cette fois-là, pendant un an et il a décidé de reprendre le boulot après seulement trois mois. Il n’est pas revenu travailler avec des tâches légères à exécuter. Il faisait et fait encore le même travail que ses confrères. Comme il le dit si bien, il planifie les excursions et les activités qu’il souhaite faire sur une période maximale d’un mois. Puis, avec un grand sourire, il surenchère en disant que s’il n’a pas de malchance, il pourra chasser au cours de la saison suivante.
Surprise
Ému de la condition de ce client qui est devenu un ami, Claude Juteau, propriétaire de la pourvoirie Western Trophy Outfitters en Saskatchewan, lui offrira l’opportunité en 2012, de prendre un forfait, avec la possibilité de le prolonger aussi longtemps qu’il le voudra, pour attendre et capturer le trophée tant convoité.
Une belle leçon
Le massage que Daniel m’a livré, c’est qu’il ne faut jamais lâcher et que rien n’est jamais fini, tant et aussi longtemps qu’il y a de l’espoir. De plus, il ne faut pas attendre indéfiniment avant de réaliser ses rêves. Les chasseurs et les pêcheurs devraient profiter maintenant de la vie et vivre leurs rêves, plutôt que de rêver leur vie.
En cette veille du jour de l’an, ayez donc une petite pensée positive pour l’ami Daniel afin qu’il puisse, lui aussi, réaliser ses ambitions les plus chères, avant de nous quitter. Quant à nous, il nous en reste du temps. Affairons-nous donc à profiter au maximum de la vie et des activités qui nous passionnent, comme lui tente de le faire, sur une période de temps beaucoup trop courte.
Bonne année 2012 à toutes et à tous !