Tous le savent, la vie n'est pas éternelle, mais la nature humaine apparaît on ne peut plus fragile dans Fin de partie, synonyme en quelque sorte de fin du monde ou fin d'un monde. Le nôtre?
On ne sait trop ce qui s'est passé, mais ce qui reste n'a rien de réjouissant. Aveugle et paralysé, totalement dépendant de Clov (Hugues Frenette), son domestique, Hamm (Jacques Leblanc) prend néanmoins un malin plaisir à l'exploiter et le ridiculiser, alors que tous deux sont coincés dans un genre de bunker au lendemain d'un cataclysme qui semble avoir fait disparaître toute trace de vie à l'extérieur.
Besoin de l’autre
Il faut dire que Clov, sans être dénué d'esprit, n'est certes pas le plus brillant, mais a-t-il le choix? Paradoxalement, ils ont besoin l'un de l'autre pour survivre. Bien que se déplaçant lui-même avec difficulté, Clov est le seul à pouvoir jeter un œil dehors pour voir ce qui s'y passe... au cas où il se passerait quelque chose, mais une étrange relation d'amour-haine les unit.
À leurs côtés, si on peut dire, les parents de Hamm (Roland Lepage et Paule Savard) sont condamnés, pour leur part, à vivre au fond de deux barils qui ne leur laissent que bien peu de latitude.
Fin de partie nous entraîne dans un étrange huis clos écrit par Samuel Becket à la fin des années 1940 dans la foulée de En attendant Godot. Le texte est riche, à la fois parsemé de poésie, de philosophie et d'humour.
Quelle ambiance!
Installée de belle façon dès le lever du rideau par la musique de Marc Vallée et le décor bétonné de Christian Fontaine, l'ambiance est lourde et, surtout, inquiétante. L'apparition et la gestuelle claudicante de Clov apportent néanmoins une savoureuse candeur rehaussée par le ton cinglant et dominateur de Hamm.
Hugues Frenette offre encore une fois une interprétation époustouflante. Quasi méconnaissable avec son crâne rasé, les cicatrices qui couvrent son corps, sa démarche boiteuse et ses vêtements élimés, il compose un personnage drôle, pitoyable et extrêmement attachant. Jacques Leblanc incarne quant à lui un Hamm aussi détestable qu'imposant malgré son fauteuil roulant et néanmoins touchant.
La mise en scène de Lorraine Côté fait habilement ressortir la dualité qui les unit et le désespoir qui les habite. Impressionnés et même bouleversés par l'interprétation des deux comédiens, il est difficile de ne pas ressortir de la salle avec un sentiment de fragilité... Au théâtre de La Bordée jusqu'au 11 février.