Après cinq ans de travail, l’équipe de Robert Lepage vient de livrer le dernier chapitre du Ring hier soir devant près de 4 000 personnes. Le Crépuscule des dieux, 4e et ultime volet de l’œuvre de Wagner, appartient maintenant au Metropolitan Opera de New York. Entretien avec le scénographe de la méga production.
« On a livré le bébé, lâche Carl Filion, scénographe et chef des accessoires. Les derniers moments sont très intenses et du jour au lendemain il n’y a plus rien, c’est un vide. On est tous en deuil ».
Le cycle au complet, d’une durée de près de 14 heures, sera présenté en avril prochain. Seul Robert Lepage sera présent pour s’assurer que tout se passe bien. « Mais à part ça, le spectacle ne nous appartient plus », ajoute M. Filion. Une douzaine d’employés plient donc bagage cette fin de semaine pour retourner au Québec.
La création du Ring a été toute une aventure au plan technique. Il faut dire qu’Ex Machina a débarqué avec une scène de 45 tonnes qui a forcé des travaux de centaines de milliers de $ pour renforcir les fondations de la salle.
Production la plus coûteuse
Il s’agit de la production la plus complexe et coûteuse jamais présentée au MET. On la chiffre entre 16 M$ et 32 M$ dépendamment des publications. Le prélude de l’oeuvre, L’Or du Rhin, a ouvert la saison du MET en septembre 2010. C’était la première fois en 127 ans.
Quatre opéras plus tard, la « bête » est apprivoisée. « Oui c’est plus facile, on sent une différence, on connaît beaucoup mieux la machine », a dit M. Filion à propos de cette scène faite de 24 palles géantes qui tournent autour d’un axe pour former les différents décors.
Contrairement aux deux premiers opéras (La Walkyrie et L’Or du Rhin), qui se situaient dans le monde des dieux, le dernier chapitre se passe dans le monde des humains et le palais des Gibichungen. « Les combinaisons de scène sont donc plus architecturales », a dit Carl Filion.
Les projections trompe-l’œil de Siegfried, le 3e opéra, sont absentes cette fois. « Chaque opéra a des effets différents, là on est dans une architecture plus stylisée », a-t-il dit.
Le Crépuscule des dieux est la troisième journée de la saga wagnérienne et son dénouement. Il a fallu un quart de siècle à Wagner pour écrire l’œuvre. L’épopée dure près de six heures avec les entractes. Pour résumer brièvement une histoire très compliquée, c’est le moment où les Filles du Rhin reprennent possession de l’anneau de pouvoir. Les dieux périssent et un nouveau monde peut naître.
« La fin du spectacle n’est pas facile (le Rhin déborde, le Walhalla, demeure des dieux, brûle). Ça prendrait presque Hollywood pour recréer ce que Wagner a écrit », a admis Carl Fillion.
Organisation incroyable
Que retient-il de cette expérience ? « C’était un projet immense et malgré l’ampleur et les embûches au niveau technique, cela a été étonnamment facile de faire cette production. L’organisation du MET est d’une ampleur incroyable », a-t-il dit.
Il y a eu plusieurs remises en question en cours de route, dont celle de changer le concept de la scène à un mois de sa construction. « Il y a eu de grandes périodes de stress dues aux contraintes techniques énormes ».
La scène doit être montée et démontée en deux heures. Le MET a un horaire de concerts très chargé. L’équipe d’Ex Machina n’avait que des plages de trois heures par jour pour répéter.
► Le Crépuscule des dieux (Götterdämmerung) sera présenté dans les cinémas à travers le monde, dont le Canada, le 11 février à midi.
► Le chef James Levine étant malade, il a été remplacé par le chef italien Fabio Luisi.