Suicide | Controverse

Un « recul » pour la cause 

Des experts en prévention stupéfaits

Francis A-Trudel | Le Journal de Montréal

Publié le: | Mise à jour:

Un contexte déplorable

photo d’archives

Les propos du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu ont fait réagir l'Association québécoise de prévention du suicide, quelques jours avant le début de la semaine nationale de prévention du suicide.

L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a vivement condamné les propos chocs du sénateur conservateur à deux jours de l’ouverture de la Semaine nationale de prévention qu’elle organise.

En avançant que chaque assassin devrait avoir « le droit à sa corde dans sa cellule », M. Boisvenu a carrément contredit le message de cette semaine de sensibilisation qui débutera le 5 février : « Le suicide n’est pas une option ».

« Pire encore, notre slogan est ‘Ici, on tient à chacun’», se désole Bruno Marchand, directeur général de l’AQPS

« Ça s’inscrit complètement en faux avec ce qu’on tente de promouvoir depuis des années, soutient-il. Notre message est que même si vous vous sentez inutiles, nous avons besoin de vous dans notre société. »

Un recul

« Stupéfait » par la sortie du sénateur, M. Marchand est d’avis que ces déclarations vont « à l’encontre des principes moraux de la société » et ont fait « reculer le travail des organismes de prévention ».

Sa collègue Sylvie Nadeau, présidente de l’AQPS et directrice générale du Centre de prévention du suicide de Québec, partageait son indignation.

Elle a qualifié les paroles de M. Boisvenu de « vraiment inappropriées, inacceptables et choquantes ».

« Ses propos portent ombrage à la semaine de prévention, déplore-t-elle. Il valorise un geste qu’on tente d’enrayer depuis des années, en faisant tomber les tabous, en incitant les gens à demander de l’aide. »

La sortie du sénateur est un « recul » pour la cause, ajoute Mme Nadeau.

Malgré le fait qu’il se soit rétracté, elle regrette que les « paroles aient été lancées » et leur portée.

« Certaines radios de Québec demandent déjà à ce qu’on ramène la peine de mort, qu’on autorise le suicide de prisonniers comme si c’était des gens dont la vie était moins importante », dénonce Mme Nadeau, qui a invité M. Boisvenu à s’asseoir avec l’AQPS pour discuter.

Bruno Marchand s’est dit « déçu de la teneur, de la lenteur, de la forme » des excuses de M. Boisvenu.

« Il aurait dû être plus proactif et son mea culpa aurait dû être proportionnel aux commentaires émis. »


► La 22e Semaine nationale de prévention du suicide se déroulera du 5 au 11 février.

► La Fondation Dédé Fortin ainsi que Suicide Action Montréal ont préféré ne pas commenter la situation.

 

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