L’avez-vous reconnu tout de suite ? Pas moi…
Ça m’a pris un certain temps avant de réaliser que le monsieur bedonnant qu’on trimbalait en voiturette de golf (à la une du Journal samedi) n’était nul autre que le bon vieux Gary Carter.
Visiblement handicapé. Bouffi par les médicaments, je suppose. Portant des lunettes…
L’homme qu’on voyait sur cette photo n’avait plus rien à voir physiquement avec l’athlète qui nous a fait si souvent vibrer au temps où il endossait l’uniforme des Expos.
Si la photo m’a frappé, c’est pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’on y voyait la preuve indélébile du passage de la maladie.
Mais aussi parce que, même si le Kid semble en être rendu à la dernière manche de sa vie, il affiche encore quelques traits de caractère qui en ont fait un des athlètes les plus adulés de son époque.
Le Kid était le prototype parfait de l’athlète courageux
CES CHOSES QUI NE CHANGENT PAS
Vous avez remarqué son sourire taquin ? Son poing en l’air ?
Comme quand il revenait au banc après avoir claqué une longue balle…
Ceux qui ont eu la chance de voir jouer Carter en ville, de 1976 à 1984, puis à son retour en 1992, vous diront tous la même chose.
Sur le terrain, le Kid, c’était un vrai. Un fonceur. Un brin baveux sur les bords.
Il était prêt à s’accroupir derrière le marbre à tous les jours, souvent handicapé par des blessures, et à se défoncer pour faire gagner son équipe.
Ce n’est pas pour rien qu’on l’aimait tant que ça.
Ce n’est pas par hasard non plus qu’il a pu se frayer un chemin jusqu’au Temple de la renommée en 2003, fier d’une belle carrière de 19 saisons dans les majeures et propriétaire d’une bague de la Série mondiale remportée avec les Mets en 1986.
Il incarnait le prototype parfait de l’athlète courageux. Et il l’est toujours, d’après ce qu’on a pu constater…
TOUJOURS COURAGEUX
Oui, ça a dû lui prendre une sacrée bonne dose de courage, jeudi soir, pour assister au match de l’équipe universitaire dont il est le gérant, en Floride.
Continuellement aux prises avec des maux de tête sévères, de la fatigue chronique et de problèmes d’équilibre, on ne s’attendait pas à ce qu’il se présente au stade.
Pas en forme le Kid, mais encore capable d’aller encourager les jeunes qui aspirent à suivre ses traces.
On va se dire les vraies affaires : c’était peut-être une de ses dernières apparitions publiques.
Faut croire qu’il aura voulu vivre sa grande histoire d’amour avec le baseball jusqu’à la fin.
REGRET
On espérait tous que Carter gagnerait son combat contre le cancer du cerveau.
Malheureusement, l’opération qu’il a subie en mai 2011 a conclu à un cancer de phase 4.
Puis des métastases ont réapparu il y a quelques mois.
Non, ça ne regarde pas bien. La maladie semble avoir deux prises contre lui cette fois.
Je me souviens d’avoir appelé Gary peu de temps après son opération.
Pour être moi-même passé par une intervention chirurgicale pour l’ablation d’une tumeur bénigne au cerveau il y a plusieurs années, j’avais envie d’écrire un papier sur son histoire, de prendre de ses nouvelles, de l’encourager un peu.
La conversation n’avait pas été longue.
Le Kid était trop fatigué pour jaser ce jour-là.
J’ai tenté de lui reparler l’été dernier en le contactant à la fondation qu’il dirige en Floride. Là encore, on m’a expliqué que ce serait pour une autre fois…
C’est à ce moment-là que j’ai compris que ça n’allait pas bien du tout pour Carter.
Le plus grand Kid Kodak de l’histoire du sport à Montréal, celui qui ne se faisait jamais prier pour accorder une entrevue, ne parlait presque plus à personne.
Fallait vraiment qu’il soit mal en point…