Avec l’arrivée en salle du film Peur Grise, la crainte des humains envers le loup est ravivée plus que jamais. Les spécialistes sont toutefois catégoriques à ce sujet : l’homme n’est pas une proie pour le loup, contrairement à ce que le film laisse croire.
Il faut dire que, dès les premières images, lorsque Liam Neeson abat un loup qui charge en courant sur des travailleurs, la direction qu’emprunte le réalisateur est sans équivoque : il veut présenter une image démoniaque du loup, qui attaque l’homme sans raison, simplement pour le plaisir de le tuer et de le dévorer.
« Pour avoir côtoyé les loups depuis de nombreuses années, je puis vous certifier que nous ne sommes pas une proie naturelle pour ce prédateur redoutable, explique Rolland Lemieux, qui a trappé et capture des milliers de loups pour leur peau, mais surtout pour des travaux de suivi télémétrique. Lorsque nous capturons un loup pour lui installer un collier, je dirais que, dans 95 % des cas, lorsque nous approchons, le réflexe de l’animal en sera un de soumission. Il s’écrase au sol comme un chien, sans bouger. Comme chez tous les animaux sauvages, il peut arriver que certains se montrent agressifs, mais, au départ, le loup va fuir l’homme. Il ne craint pas l’homme, mais au lieu de l’affronter, parce que nous sommes un de ses prédateurs, il va plutôt fuir. »
Des rencontres spéciales
Au cours de sa carrière, ce spécialiste a eu à vivre des expériences hors de l’ordinaire avec les loups. Si on se fie au propos du film, ces expériences auraient dû entraîner sa mort.
« Un jour, alors que je suivais des loups par télémétrie, je me suis retrouvé devant un gros arbre creux où il y avait des poils de loup. Je me suis bien rendu compte que c’était la tanière. Tout à coup, trois louveteaux sont sortis de l’arbre. Très rapidement, mon appareil s’est mis à émettre un son très puissant, ce qui signifie que les adultes étaient là, tout près. Jamais ils ne m’ont menacé. »
Grande spécialiste du loup au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), Hélène Jolicœur, aujourd’hui retraitée, a relaté dans ses travaux une rencontre avec trois loups en pleine forêt.
« Depuis le début de l’hiver, je suivais des pistes de loups à la recherche de carcasses de chevreuils et d’excréments. Reprenant mon souffle, appuyée sur un arbre, j’entendis tout à coup un cri lancinant, un cri anormal, le genre de cri qui doit précéder la mise à mort d’une bête. Je suis resté figée un long moment à essayer d’identifier la nature de ce cri quand, soudain, je vis à quelques mètres de moi des buissons s’agiter au bord d’un petit ravin.
« Avant même de réaliser ce qui se passait, trois loups surgirent à 3-4 mètres de moi. Absolument fascinée, je les observais s’avancer dans ma direction. Ils marchaient côte à côte d’un pas nonchalant en reniflant le sol. Il fallait vite que je manifeste ma présence pour ne pas les surprendre et les mettre ainsi dans une situation d’autodéfense. À peine eus-je ouvert la bouche et émis un son qui ressemblait plutôt à un croassement que les loups levèrent la tête, m’aperçurent et détalèrent en catastrophe dans la direction opposée. »
Méfiance nécessaire
Même si ces spécialistes font part de rencontres plutôt amicales avec des loups, il ne faut tout de même pas minimiser les risques de se retrouver en présence de ce prédateur, posté tout au sommet de la chaîne alimentaire naturelle.
« Le loup est un animal territorial, qui ne tolère pas que des étrangers viennent jouer dans son aire de vie, fait remarquer Emmanuel Dalpé-Charron, biologiste responsable du dossier au MRNF. Il se peut fort bien que des comportements agressifs se manifestent lorsqu’une louve veut défendre ses petits ou lorsque l’animal est atteint de la rage ou de toute autre forme de maladie.
« Au Québec, les rencontres sont plus rares parce que le territoire est très grand et que le loup retrouve en forêt la nourriture dont il a besoin. Il peut arriver qu’il s’approche des habitations s’il vient à manquer de nourriture, mais sa proie ne sera pas l’homme, mais plutôt des animaux domestiques comme le chien », ajoute le biologiste.