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Qu’est-ce qu’ils ont fait en premier, les généraux soviétiques de Tchernobyl, quand les réacteurs de cette centrale nucléaire mal bâtie et mal entretenue ont commencé à fondre, menaçant la vie et la santé de centaines de milliers de personnes aux alentours ?
Leur premier réflexe ne fut pas d’alerter la population, et d’organiser son évacuation. Non ! Leur priorité fut de cacher l’information, d’abriller le scandale, de tenir ça mort le plus longtemps possible.
Je ne suis pas en train de comparer le ministre québécois de la Sécurité publique, M. Robert Dutil, et les hauts gradés à des généraux soviétiques des années ‘80. Non.
Cependant, ils m’y font penser.
Un dérapage gênant et dangereux
Le service de police de la Ville de Montréal est éclaboussé par un dérapage spectaculaire, humiliant et dangereux, qui a déjà causé la mort d’un homme, et en compromet peut-être plusieurs autres. Ce gros cafouillage policier laisse plusieurs questions capitales sans réponses, sur les défaillances de la sécurité interne de la police, sa capacité de s’autodiscipliner, ainsi que sur l’homogénéité, la discipline de sa haute direction, et son étanchéité.
Ce sont des questions d’intérêt public. Mais, dans ce Tchernobyl policier, le ministre de la Sécurité publique et les gradés veulent en priorité savoir qui sont ceux qui en ont parlé aux journalistes ? Sans ces sources, qui semblent avoir été nombreuses et concordantes, le public n’aurait sans doute jamais été informé de ce spectaculaire bris de sécurité causé par l’ex-agent Ian Davidson, qui colportait des listes d’informateurs à la mafia.
Le ministre refuse d’exclure que des journalistes soient sommés de révéler leurs sources, ou mis sous écoute électronique - des méthodes qui ont déjà fait leurs preuves sous d’autres régimes... Et sous d’autres noms, comme omertà...
Problème caché, problème réglé ?
Les indiscrétions des sources des journalistes ont compromis la sécurité des éléments de l’enquête, explique-t-on.
Vraiment ? La sécurité était compromise dès que Davidson a pu sortir ces documents ultra-secrets du système. Ensuite, il les a offerts à des avocats, qui en ont parlé à des clients, qui en ont sans doute parlé entre eux, ce qui sera sans doute parvenu aux oreilles d’autres corps policiers, qui eux aussi ont leurs antennes dans ce milieu...
Quand l’affaire a éclaté dans les médias, il n’y avait sans doute plus que le grand public qui n’était pas au courant ! Cela expliquerait que les médias n’ont pas manqué de sources pour cette affaire par ailleurs jugée délicate ultra-secrète...
Les policiers savent très bien que leurs sources agissent par intérêt, qu’elles disent rarement toute la vérité, et mentent parfois. Les informations sont la matière première de leur travail. Les informations dont ils disposent sont aussi la source de leur autorité et de leur pouvoir. Les policiers jalousent leurs informations, et savent s’en servir.
Quand des policiers, forcément seniors, deviennent eux-mêmes des informateurs, sur une affaire de cette nature, c’est un indice flagrant de luttes de pouvoir à l’intérieur d’organisations dysfonctionnelles, ou de conflits entre différents corps de police qui se jalousent, ou entre eux et leurs maîtres politiques. Ou les trois à la fois.
Tout cela est inquiétant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est un gouvernement qui pense que tout irait mieux si le public n’en savait rien, et veut s’en prendre aux sources qui nous ont appris que le feu est pris dans le réacteur.
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