Une véritable traite de jeunes Québécoises se fait jusqu’à Toronto et Niagara Falls. Une équipe de J. E. a suivi leur trace jusque dans les bars notoires, où ces mineures, sous l’emprise de proxénètes, dansent et se prostituent.
Dans le reportage diffusé ce soir à l’émission J.E., les journalistes Denis Therriault et Dominique Trottier font état de la traite d’adolescentes contrôlées par les gangs de rue de Montréal, jusque dans la province voisine.
L’auteur et spécialiste Michel Dorais est convaincu que le phénomène de la prostitution juvénile frappe encore la Ville de Québec.
«À Québec, on parlait de petit réseau. Mais c’est un ensemble de réseaux. On sait que ça se fait à Québec aussi. Ça existe. Hélas ça ne change pas. Faut toujours avoir l’oeil ouvert.»
Route du sexe
Un policier de Niagara a confirmé à l’équipe de J.E. qu’il existe bel et bien une route du sexe entre Montréal et le sud de l’Ontario.
«On envoie souvent les jeunes filles francophones dans les milieux anglophones et vice-versa. Pour les désorienter et les garder en esclavages. On voyait déjà ça vers la fin des années 70. C’est beaucoup plus difficile de les retracer», ajoute M. Dorais.
Selon la police, ces filles amenées en Ontario ne sont pas seulement des victimes de proxénétisme, mais aussi de trafic d’êtres humains.
Caméras cachées
Afin d’en savoir un peu plus sur ces pratiques, l’équipe de J.E. s’est rendue dans différents bars de Toronto et Niagara Falls.
Le journaliste Dominique Trottier s’est fait passer pour un riche homme d’affaires de passage à Toronto.
Muni d’une caméra cachée, il discute avec des danseuses, prétendant qu’il souhaite payer des services sexuels à un partenaire d’affaires « qui aime particulièrement les jeunes filles qui parlent français ».
À peine arrivé dans le bar, il croise trois danseuses originaires de Montréal. Elles disent être majeures, mais certaines affirment qu’elles peuvent « avoir l’air d’une jeune fille de 14 ou 15 ans » sans maquillage. Le journaliste se fait facilement référer des filles qui correspondent à ses critères.
«À Québec, la police fait un gros travail de surveillance. Ça permet de faire de la prévention. On peut dire qu’on diminue les risques de voir des réseaux organisés comme avant. Pour le moment, on pense que c’est sous contrôle. L’électrochoc du scandale a fait son effet. Les gens sont plus alertes», croit Michel Dorais.
Recrutement
Une danseuse confirme que la plupart des filles de Montréal sont amenées en Ontario par des proxénètes, qu’elles considèrent « comme leur chum ».
Samantha (nom fictif) lui a avoué qu’elle était mineure lorsqu’elle a commencé à danser à Niagara Falls.
Lorsqu’elle a commencé à danser, elle donnait son argent à un homme. Ce dernier lui avait d’abord fait croire qu’il était amoureux d’elle afin de mieux l’exploiter.
Ce stratagème, plusieurs proxénètes l’utilisent pour recruter les jeunes filles. C’est ce qui ressort d’une entrevue avec James, un jeune homme dans l’entourage de gangs de rue, rencontré par le journaliste Denis Therriault.
Selon lui, les proxénètes reliés aux gangs de rue rôdent aux environs des stations de métro, des écoles et des clubs, à la recherche de filles vulnérables, qu’ils séduisent par la suite.