Lois plus dures, condamnations plus sévères, peine de mort… comme aux États-Unis. Là, ils savent quoi faire avec les criminels. Ah oui, vous pensez ça?
Depuis le début de 2012, il s’en dit et écrit de toutes sortes sur le système de justice au Canada. De nombreux appels sont lancés pour une répression plus forte contre les auteurs de crimes.
Inévitablement, lorsque ce sujet se pointe dans l’actualité, nos voisins des États-Unis sont cités en exemple. Voilà un pays qui a de la poigne envers ses malfrats. Mais est-ce que cela assure plus de sécurité aux citoyens? Il est permis d’en douter.
Pas de niaisage
Un de mes collègues m’a rapporté de voyage une copie du Miami Herald du 12 janvier. Deux faits divers survenus au sud de la Floride ont retenu mon attention. Ils ont eu lieu dans le même secteur que Deerfield Beach, où M. Ovila Plante, un septuagénaire en voyage avec son épouse, a été tué par balles sur un terrain de camping jeudi soir.
À Hallandale Beach, des policiers ont poursuivi un voleur. Durant la poursuite, un agent s’est senti menacé et a tiré sur l’individu. Ce dernier est mort et n’avait en sa possession que des babioles dérobées. Pas d’arme. Une justice expéditive.
Le même soir, à Pompano Beach, un policier a voulu piéger trois individus, prétextant vouloir acheter des armes illégales. Les hommes ont pris l’argent et tenté de s’enfuir. L’un d’eux a pointé son arme sur l’agent et d’autres policiers l’ont tué. En vertu de la loi de Floride, qui stipule que lors de la commission d’un crime, si quelqu’un est abattu, ses complices sont accusés de meurtre au premier degré, les deux autres hommes qui se sont rendus aux policiers risquent la peine de mort. Une loi avec des dents.
Et pourtant…
Ces simples faits divers montrent à quel point nos voisins du sud prennent la justice et l’ordre au sérieux, tout en misant sur une forte répression pour protéger la population.
Comment se fait-il alors, selon les chiffres de Statistique Canada et du FBI, que les meurtres soient si nombreux aux États-Unis? Comment se fait-il que bon an mal an, les villes américaines de Detroit, Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans se retrouvent parmi les douze villes les plus dangereuses au monde, avec d’autres comme Bagdad en Irak, Cape Town en Afrique du Sud ou Grozny en Tchétchénie?
Pas d’économies
Si la peine de mort était si dissuasive, il y aurait moins de meurtres aux États-Unis qu’au Canada. Pourtant, en tenant compte des populations, ce n’est pas le cas du tout. Depuis une dizaine d’années, de 15 000 à 16 000 personnes sont assassinées annuellement au sud de la frontière, contre 500 à 600 chez nous. Proportionnellement, c’est trois fois plus.
Et quant à ceux qui se limitent simplement à un argument économique en croyant que la peine de mort permettrait aux contribuables d’économiser de l’argent, détrompez-vous.
Toutes les études faites par nos voisins montrent que la facture est jusqu’à trois fois plus élevée dans les 34 États américains qui la maintiennent, comparativement à ceux qui privilégient l’incarcération à vie. Les raisons : longues procédures judiciaires, protection accrue et installations onéreuses.
Finalement, on n’a peut-être pas un système judiciaire qui satisfait tout le monde, mais à se comparer, on se console. Notre système n’est pas si pire qu’on pense et on est plus en sécurité ici qu’en bien des endroits.