Laval, Bell et evenko ont annoncé un partenariat dans la construction d’un amphithéâtre dans cette ville de la couronne nord de Montréal qui se révèle un copier-coller du contrat entre la Ville de Québec et Quebecor pour la gestion du nouvel amphithéâtre.
L’entente entre le maire Régis Labeaume et Pierre Karl Péladeau a été fortement critiquée avant d’être sécurisée par la Loi 204 votée par l’Assemblée nationale. Elle fait toujours l’objet d’une contestation devant les tribunaux.
La mairie lavalloise a pris soin de lancer un appel de qualification, ce qui a permis aux entreprises intéressées par ce projet de se manifester. Par la suite, l’automne dernier, Laval a mis en place le processus l’appel d’offres. Quebecor a déposé son plan d’affaires et l’a présenté devant un jury. Mais cette entreprise n’a pas été retenue pour la gérance de la future Place Bell.
Bell et evenko ont remporté la mise avec une offre solide et généreuse dans un marché que ces compagnies ne voulaient pas échapper, Laval se trouvant dans le cour de Montréal.
À Québec, une mise en concurrence a été préférée à l’appel d’offres. Tant pour la Ville de Québec que Quebecor, selon ce que les deux partis ont expliqué en commission parlementaire, une mise en concurrence équivaut à un appel d’offres dans ce contexte.
Une fois que le processus a été complété, le génie des gestionnaires de Laval, Bell et evenko a été d’appliquer les leçons apprises des négociations dans la capitale et de présenter Bell et evenko comme des partenaires dans la construction. Ainsi, Laval investira 42 millions, le gouvernement provincial y ajoutera sa subvention de 46 millions et le duo Bell-evenko complètera le montage financier en déboursant 32 millions. Le coût total : 120 millions.
À la première analyse, le contribuable concluera que la construction de l’amphithéâtre à Laval résulte d’un partenariat public/privé.
Les millions que débourseront Bell et evenko leur permettront de s’attribuer les droits nominatifs, pour la première entreprise, et la gestion des spectacles, pour la seconde. Elles ne paieront pas pour de la brique, de l’acier, du bois, de la main d’œuvre. La manière d’annoncer le partenariat peut le laisser croire.
Elles peuvent donc remercier Québec et Quebecor d’avoir préparé leur dossier.
Mêmes privilèges, mêmes paiements
À Québec, il aurait fallu présenter dès la première conférence de presse l’entreprise de Pierre Karl Péladeau comme un partenaire dans la construction du futur Colisée au même titre que le gouvernement de Jean Charest. Mais d’une manière ou d’une autre, le résultat reste le même.
Bell et evenko à Laval, Quebecor à Québec s’attribuent les mêmes privilèges et paieront pour les mêmes choses.
Les 32 millions de Bell et evenko, des alliés puissants dans le monde des affaires, pemettront notamment à Bell d’apposer son nom sur l’édifice (Place Bell) pour les 20 prochaines années. Quebecor paiera 63 millions pour ce droit, à Québec, pendant 25 ans si une équipe de la LNH évolue au Colisée. Sinon, c’est 33 millions que versera l’empire de PKP.
Ce montant sera payable 30 jours avant l’ouverture des portes, ce qui permettra à la ville de payer plusieurs des dernières factures et réduira son implication financière.
La gestion des spectacles appartiendra à evenko, des as en la matière. Ce promoteur paiera des redevances sur la vente des billets. Quebecor remettra 10% des profits des spectacles si les Nordiques reviennent et 15%, s’il n’y a pas de hockey.
Evenko versera un loyer annuel d’un million. Celui de Quebecor passera graduellement de 4,5 millions, pour les cinq premières années, à 5,5 millions pour les cinq dernières d’une entente de 25 ans (avec la LNH). Il variera de 2,5 millions à 4 millions sans la LNH.
Rappelons que Quebecor deviendra également responsable des coûts découlant de l’exploitation, de l’entretien et de réparation dans le nouvel amphithéâtre.
Les chiffres sont naturellement plus élevés à Québec compte tenu qu’il s’agit d’une projet de 400 millions. Même en effectuant les pourcentages, Quebecor n’a pas à rougir.
Une guerre sans merci
L’implication de Bell et evenko à Laval se veut un autre chapitre de la guerre impitoyable que ces géants des communications et du spectacle livrent à Quebecor. Cette dernière ne donne pas sa place. Bell et evenko auront la main mise sur les deux grandes salles de spectacle dans la région de Montréal.
Nul doute que si la chance leur serait offerte de nouveau, Bell et evenko feraient tout en leur pouvoir pour gérer l’amphithéâtre de la capitale, ce qui leur accorderait le monopole sur la LNH à Montréal, Québec et Toronto.
S’il y a une chose que le maire Régis Labeaume doit copier de Laval, c’est le temps requis pour la construction. L’ouverture y est prévue à l’automne 2014, un an plus tôt que Québec.