Un sale coup bas

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Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

Tous les coups sont permis pour une certaine gauche, y compris les plus sales. Quand elle est incapable d’argumenter de façon rationnelle, elle cherche à décapiter ceux qui pensent différemment d’elle.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a vu il y a quelques jours un passage tourmenté de sa vie privée étalé sur Twitter. M. Toews parraine le projet de loi C-30 qui donne plus de pouvoirs aux policiers. L’attaque vicieuse contre sa personne a été attribuée au NPD, qui s’en défend.

Lundi, l’auteur québécois, Jean Barbe, a lancé une charge débridée contre le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, sur Facebook et Twitter. M. Bachand avait osé dire qu’il jugeait inacceptable que des étudiants qui protestaient contre la hausse des frais de scolarité à l’université, bloquent les rues du centre-ville de Montréal. Barbe s’est déchainé contre le ministre. «Bachand, tu te souviens quand tu as essayé de pogner les fesses de ma blonde à Paris quand tu étais saoul ? Tsé, pendant le party de la première de Notre-Dame-de-Paris ? C’était inacceptable. Je ne t’ai pas vargé dessus avec une matraque. Prends note, stp».

Le plus incongru est que Jean Barbe a déjà lui-même été reconnu coupable de harcèlement sexuel par le Tribunal canadien des droits de la personne et qu’il a été condamné à payer 6515 $ à sa victime, la recherchiste Mireille Des Rosiers. Ce seul fait aurait dû être suffisant pour qu’il se garde une petite gêne.

D’autre part, il n’y a aucun lien, mais vraiment aucun, entre le caractère inacceptable d’une manifestation qui perturbe l’activité économique du centre-ville de la métropole et le caractère également inacceptable d’attouchements sur sa conjointe. Établir un rapprochement entre deux événements aussi différents dans le but de porter atteinte au jugement du ministre, est tout simplement salaud.

La hausse des frais de scolarité fait l’objet d’un débat social. Le coup donné par l’écrivain Barbe illustre bien jusqu’où certaines personnes sont prêtes à descendre pour faire triompher leur position. Les médias sociaux sont devenus des armes dangereuses entre les mains de tels diffamateurs sans discernement.

Attitude moralisatrice

Barbe a justifié son coup bas en disant qu’il avait été fâché par «la posture moralisatrice» révoltante du ministre. Fouille-t-il aussi dans la vie privée de la ministre Line Beauchamp pour trouver matière à la punir d’avoir dit qu’il n’était pas acceptable ni tolérable que des étudiants aient saccagé des locaux et du mobilier de l’UQAM ? Mme Beauchamp aurait été condescendante et hautaine elle aussi, selon le bon jugement de Barbe ?

Un droit encadré

Le droit de manifester se rattache à la liberté d’expression, l’un des fondements des sociétés démocratiques mais que Barbe ne reconnaît pas au ministre Bachand. Ce droit de manifester pacifiquement ne permet cependant pas des atteintes aux libertés d’autrui ni des méfaits. La manifestation doit seulement servir à des fins d’information pour exprimer son désaccord à un gouvernement.

Une manifestation non conforme à l’encadrement prévu pour celles-ci, notamment l’obtention d’un permis, est un attroupement illégal et un saccage de locaux est un méfait, deux actes criminels. Quand un ministre dit d’un acte criminel qu’il est inacceptable, il ne fait qu’énoncer une vérité de La Palice.

Cautionner un acte illégal ou qui seulement brime la liberté d’autrui, comme Jean Barbe l’a fait et avec la méthode utilisée, est non seulement inacceptable mais aussi irresponsable.

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