/news
Navigation
Microbrasseurs | Controverse

Leur survie dans la balance

Bruno Blais
© Les archives Benoît Gariépy Le directeur-général de la Barberie, Bruno Blais, dénonce le manque de disponibilité de tablettes pour les microbrasseurs du Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Incapables d’accéder aux tablettes de la quasi-totalité des grandes chaines d’alimentation, plusieurs microbrasseurs québécois ­craignent pour leur survie si des mesures législatives ne sont pas revues.

Bousculés par un ralentissement, malgré la forte demande pour leurs produits, des microbrasseurs se disent étouffés par l’incohérence d’un cadre légal désuet. Des mesures qui, à leur sens, profitent injustement aux grands brasseurs.

« Il est grand temps d’agir. Plusieurs entreprises sont en péril à moyen ou à long terme dans les conditions actuelles », indique Bruno Blais, membre du conseil d’administration de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) et directeur-général de la Barberie.

Le problème

Les seuls points de vente accessibles aux microbrasseurs du Québec, deviennent les épicieries et dépanneurs indépendants. Autre hic, ils sont de moins en moins nombreux avec l’expansion des chaînes.

« Une chance qu’ils sont là car ce sont eux qui nous ont mis au monde », indique Jean-Pierre Tremblay, directeur-général de l’AMBQ. Il déplore que les détaillants affiliés se voient empêcher, par leur maison mère, de vendre des produits des microbrasseurs, alors que ces détaillants sont censés être roi et maitre de leur permis d’alcool.

« C’est ça qui ne marche pas. Ce sont quelques maisons mère qui décident. Un permis d’alcool est un privilège. Les détaillants doivent avoir le droit de choisir quelles bières vendre ».

La microbrasserie Le Trou du Diable, à Shawinigan, a été particulièrement ébranlé par cette problématique.

Devant la demande exponentielle pour le produit, un détaillant affilié à une grande chaine a décidé de passer une commande locale. « La maison mère de la chaine a bloqué le processus », a relaté Issac Tremblay, directeur-général de la microbrasserie.

« Tu as un commerçant qui encourage l’industrie locale et il se fait débouter par la maison mère qui veut seulement avoir plus de ristournes avec les grands brasseurs. Ça aurait été plus payant pour le dépanneur, mais pas pour la chaine. »

Le gouvernement s’en mêlera

Sans donner trop de détails, le ministère du développement économique, Innovation et Exportation a confirmé au Journal qu’un comité sera chargé de revoir certaines mesures législatives concernant la vente de boisson alcoolisée. L’AMBQ y voit une première étape importante pour assurer le développement de l’industrie brassicole québécoise.

Un quota?

Porte-parole en matière d’agriculture et d’alimention, le député péquiste André Simard juge invraisemblable une telle situation en 2012.

« Le dossier traine depuis trop longtemps Moi, j’appelle ça faire preuve de patriotisme économique. On dit que les États-Unis sont bien bons pour ça, mais nous, on a peur de s’affirmer », indique celui qui juge qu’on devrait explorer la possiblité d’imposer un quotat pour les produits québécois sur les tablettes.

L’inaccessible SAQ

Les microbrasseurs dénoncent le fait que la SAQ exige l’exclusivité de leurs produits. Ce qui décourage la plupart de distribuer leurs produits via la société d’État.

C’est pourquoi il demeure utopique de croire que le réseau des SAQ puisse offrir des bières locales dans chacune de ses succursales, en complémentarité des dépanneurs indépendants.

En optant pour la SAQ, soulignons que les microbrasseurs se voient empêchés de vendre leurs produits dans les détaillants en alimentation et dans leur propre microbrasserie.

« C’est malheureux, la SAQ appartient aux Québécois. Le seul actionnaire, c’est le ministère des Finances. C’est donc une belle façon d’aider l’économie locale, déplore Bruno Blais, directeur général de la Barberie. »

La France

« Est-ce que le producteur français qui vend à la SAQ peut aussi vendre en France? Oui! Pourquoi un commerçant québécois ne peut pas? C’est lui qu’on brime dans tout ça », ajoute M. Blais.

Le directeur de la microbrasserie Le Trou du Diable, Isaac Tremblay, rêve aussi d’une SAQ moins restrictive. « Imaginez comment ça nous aiderait. L’Ontario l’a fait, pourquoi on ne veut pas supporter l’industrie? Je dois passer à travers les mêmes défis que le producteur chilien et en plus, on me demande l’exclusivité. »

Le porte-parole de la SAQ, Renaud Dugas, n’a pas donné de réponse très précise. « Ce sont les règles », a-t-il expliqué.

« Mais quel est l’esprit de ces règles? », a demandé le Journal. « Vous voulez vraiment que je vous retrouve l’esprit de ces règles? C’est ce qui a été décidé. Je ne sais pas vraiment ce que l’on peut dire », nous a-t-on répondu.

 

 

Commentaires