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Le carré de la honte

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J’en ai assez d’entendre scander sur toutes les tribunes qu’ici on assassine le droit de manifester librement, qu’on brime le droit fondamental du peuple québécois de s’exprimer. Un peu plus et on crie : « Québec-Syrie même combat ! » Sortez donc un peu. Allez voir ailleurs. Sortez, mais de grâce, un peu de tenue devant le monde !

Car je trouve que c’est un bien désolant spectacle que nos chicanes de famille soient exposées ainsi au festival international de Cannes. Le délégué général du festival, Thierry Frémaux, s’est tout de suite demandé ce que pouvait vouloir dire ce petit carré rouge que lui tendait son jeune prodige, Xavier Dola.

Pour un Européen, ce carré rappelle celui des Brigades rouges, commando révolutionnaire mené par de jeunes Italiens rebelles qui en avaient contre le pouvoir et l’argent. Le mouvement des BR s’est éteint complètement discrédité. C’est une page sombre de l’histoire de l’Italie.

En Europe, le carré rouge fait aussi référence au drapeau rouge des communistes, emblème sanglant du peuple opprimé ! Bref, en résumé, que des histoires de feu et de sang qui ont mal tourné. La symbolique n’est pas légère. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe chez nous. Pas de quoi en faire tout un cinéma. Le pauvre patron du festival s’est retrouvé « avec une patate chaude » sur le veston.

Les carrés des bien-pensants

Dans notre petit confort nord-américain, n’est-il pas devenu de bon ton d’être un tantinet « anarcho » ? Cela fait bonne figure outre-mer dans les « parties » de la jet-set où coule à flot le champagne. Qu’on doit donc nous plaindre, avec amusement, en France, en Espagne et en Grèce !

Dommage que le jeune Dolan ne se rende pas compte, du haut de son génie, qu’il crache dans la soupe qui le nourrit. Conspuer les modèles capitalistes, en grignotant des petits fours avec le gratin cinématographique, n’est-ce pas anti-carré rouge ?

Tout artiste, tout citoyen, a droit à son opinion. Il faut toutefois prendre garde à ce qu’on se souhaite. Depuis le début de la crise, les prises de parole n’ont pas toutes été heureuses.

Du comédien Claude Legault, qui trouvait normal que les étudiants « s’ils sont fâchés pis qu’ils ont envie de décâlisser des bagnoles à l’envers parce qu’on ne les écoute pas, qu’ils le fassent ! », au député Amir Khadir, qui songe à la désobéissance civile, faisant fi de l’appel au calme que son devoir de parlementaire l’obligerait à respecter.

La désobéissance civile n’est pas un acte de bravoure. C’est un appel au désordre et au chaos. Des mots d’une extrême gravité quand ils sont prononcés par un élu. L’avidité du pouvoir ne peut pas tout excuser.

L’histoire ne se répète pas toujours

En cette Journée nationale des Patriotes, d’aucuns n’hésiteront pas à faire l’amalgame douteux du « autre époque, même combat ».

Il est juste et prudent d’éviter toute tentative de récupération d’un mouvement qui luttait vraiment pour la liberté de tout un peuple, pour sa langue et son existence même. Les Patriotes luttaient pour les droits d’une majorité de citoyens brimés par des politiques colo­nialistes qui visaient leur extinction. C’était une question de survie.

Notre crise du carré rouge se fait en ce moment sur le dos de la majorité silencieu­se, celle qui travaille, prend le métro et paie ses comptes. Cela n’a rien à voir. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour faire la différence.

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