La région de Québec a été bien traitée par le gouvernement de Jean Charest depuis 2008. Il sera difficile de le contester. L’équipe libérale a cependant beurré trop épais en dressant son bilan mercredi.
Il faut mesurer l’efficacité d’une députation régionale sur la base des décisions discrétionnaires qu’elle obtient du gouvernement auquel elle appartient : les millions souscrits par exemple pour l’amphithéâtre, le Super PEPS, l’aéroport, le Musée national des beaux-arts, le Théâtre Diamant, la promenade Samuel-De Champlain, etc.
Les députés ne peuvent toutefois pas s’approprier des mérites pour des dépenses faites dans le cadre de programmes normés, comme celui des places en garderie. Il est même très risqué pour eux de le faire : ils confirment ainsi indirectement que l’influence politique peut primer dans le processus décisionnel sur une évaluation neutre des dossiers par les fonctionnaires.
Il en va de même pour l’entretien du réseau routier ou pour des achats d’équipements dans le réseau de la santé. J’espère que la couleur politique du député ne joue pas dans la décision de fournir ou pas des scanners aux hôpitaux ou d’ajouter des lits de soins de longue durée pour réduire des besoins criants. Encore là, attention, danger : nous suggère-t-on qu’il faut voter « du bon bord » pour avoir des chances d’être mieux soignés dans sa région par rapport à une autre?
Le ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sam Hamad, fait du bon travail. Sa disponibilité est louée par les acteurs des milieux économiques, sociaux ou culturels. Il est devenu un homme politique en pleine maîtrise de son métier et un ministre fort du gouvernement, dont l’enthousiasme contagieux a aidé ses collègues à traverser un mandat très houleux. Il n’a pas besoin de récupérer au profit du PLQ des dépenses qu’un gouvernement de quelque couleur aurait dû faire.
La région de Québec profite de plus de la grande complicité qui s’est développée entre Jean Charest et Régis Labeaume, qui se retournent régulièrement l’ascenseur.
Sondages favorables
Les sondages d’opinion montrent que c’est dans la région de Québec que le PLQ obtient ses meilleurs résultats dans les intentions de vote. C’est aussi le cas pour la Coalition Avenir Québec de François Legault.
Ce phénomène fait partie du fameux « mystère Québec », expression utilisée depuis 2007 pour qualifier un courant politique plus conservateur dans les régions de Québec, de Chaudière-Appalaches et de la Beauce. La CAQ a deux des sièges de la Capitale-Nationale, Chauveau et La Peltrie (Gérard Deltell et Éric Caire). Celui de La Peltrie serait menacé si le ministre Clément Gignac choisit de laisser sa circonscription de Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, pour se présenter à Québec qu’il habite maintenant.
Le Parti québécois détient une seule circonscription dans la ville de Québec, celle de Taschereau, qui a subi un récent redécoupage défavorable au PQ. La députée Agnès Maltais est cependant solidement enracinée dans son milieu et son appui déterminant au projet d’amphithéâtre a été apprécié autant dans la population qu’à la mairie. Pauline Marois n’a évidemment rien à craindre dans la forteresse de Charlevoix, à l’extrémité est de la région de la Capitale-Nationale.
Les sept des onze sièges présentement occupés par le PLQ sont très précieux dans une élection aussi chaudement disputée que le sera la prochaine. Mais cela ne justifie pas ses députés de s’approprier les conditions météorologiques clémentes lorsqu’elles le sont.