QUÉBEC -
Accusé de partialité et de conflit d'intérêts par les libéraux, l'ex-journaliste de Radio-Canada Pierre Duchesne, qui a officialisé son passage au PQ au début du mois, a été blanchi par l'ombudsman de la société d'État.
«Rien ne me permet de conclure que M. Pierre Duchesne s’était placé en situation de conflit d’intérêts lorsqu’il travaillait encore pour Radio-Canada, ni qu’il a autrement enfreint ses Normes et pratiques journalistiques», tranche l'ombudsman des Services français de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, qui a fait connaître sa décision lundi.
Le directeur général du Parti libéral Karl Blackburn avait soutenu, dans une longue plainte écrite, que l’ex-journaliste et analyste politique avait exercé ses fonctions alors qu’il discutait avec le Parti québécois dans le but de se porter candidat pour ce parti lors d’éventuelles élections, ce qui constituait un «conflit d’intérêts grave».
Faute de preuves, l'ombudsman de l'ex-employeur de M. Duchesne a rejeté en bloc les allégations de M. Blackburn. «En fin de compte, M. Pierre Duchesne a bien fini par faire le saut en politique, mais alors qu’il avait déjà démissionné de Radio-Canada. Sachant maintenant qu’il adhère au PQ, on peut logiquement conclure qu’il était au moins sympathique aux idées de ce parti lorsqu’il était journaliste. Toutefois, cela n’implique pas qu’il ait exercé ses fonctions avec partialité», conclut-il.
Depuis 2005, année de son entrée en fonction comme correspondant parlementaire, Pierre Duchesne a fait l'objet de 17 plaintes à l'ombudsman, dont la moitié portait sur des questions d'impartialité. Ce nombre de plaintes, qui peut sembler élevé à première vue, n'est pas significatif selon Pierre Tourangeau.
«C’est peu, considérant que M. Duchesne intervenait souvent et régulièrement en ondes et qu’il agissait depuis quelques années comme analyste politique, une fonction délicate qui l’amenait à commenter à peu près tous les événements de la vie politique québécoise. Un seul plaignant a demandé une révision du dossier à l’ombudsman, et celui-ci (moi-même, en l’occurrence) a jugé qu’il n’y avait pas eu infraction. En fait, M. Duchesne n’a pas fait l’objet de plus de plaintes que d’autres journalistes vedettes de Radio-Canada», peut-on lire dans la décision publiée sur le site web de Radio-Canada.
Rappelons que Pierre Duchesne, auteur d'une biographie non autorisée en trois volumes de Jacques Parizeau, a démissionné de son poste de correspondant parlementaire à Québec au début du mois de juin. Après avoir nié les rumeurs persistantes qui l'envoyaient au PQ, il a finalement annoncé un mois plus tard qu'il sautait la clôture en officialisant sa candidature pour le Parti Québécois dans la circonscription de Borduas (actuellement représentée par l'indépendant Pierre Curzi) lors du prochain scrutin général.
Duchesne exige des excuses
Jugeant «déplorable» qu'on ait tenté de «briser sa réputation», le principal intéressé réclame des excuses publiques du Parti libéral. «Je suis satisfait de la décision mais pas surpris... Je n'ai jamais fait l'objet de blâme. J'exige des excuses pour cette opération de salissage. Moi, je le dis et je le répète, je n'ai jamais entrepris aucune négociation avec aucun parti politique pendant que j'étais journaliste à Radio-Canada», a-t-il déclaré en entrevue avec Le Journal.
L'ex-journaliste risque toutefois d'attendre longtemps pour un mea culpa. Le responsable des communications au Parti libéral, Michel Rochette, a éclaté de rire quand Le Journal l'a informé de sa requête. «Il demande des excuses après s'être blanchi lui-même? L'ombudsman s'est limité à interroger Pierre Duchesne et le PQ. C'est particulier...», a-t-il laissé tomber, rappelant que l'ex-journaliste faisait toujours l'objet d'une autre plainte devant le Conseil de presse.
La chef du PQ a accordé tout son soutien à sa nouvelle recrue, assimilant également la plainte des libéraux à une «opération d'intimidation». À ses yeux, il ne fait aucun doute que l'ex-journaliste a toujours été impartial lorsqu'il était en ondes. «Pour avoir subi, à l'occasion, le traitement de M. Duchesne nous concernant, je peux vous dire que l'ombudsman avait totalement raison...»