À seize jours de l’élection, Pauline Marois est déjà entrée dans sa nouvelle peau de cheffe de l’État du Québec.
Elle préside elle-même le comité de transition qui verra à son installation au pouvoir et à celle des ministres qu’elle nommera. «J’ai vécu plusieurs transitions», glisse-t-elle. «J’aurai un conseil des ministres qui sera «de taille raisonnable» en nombre.» Son équipe mène une réflexion sur l’organisation des comités ministériels. Elle a connu différents types de structure. «Ce sera un gouvernement MAROIS. Il comprendra de la continuité mais aussi certaines innovations», promet celle qui a elle-même dirigé 14 ministères depuis sa première élection, en 1981.
Les 100 premiers jours d’un nouveau gouvernement sont cruciaux, convient-elle. Elle a déjà dressé la liste de ses priorités d’action pour les trois premiers mois. Elle comprend, dans son ordre d’énumération, un nouveau dépôt de la loi 101, une modification des redevances minières, une déclaration ministérielle pour officialiser sa promesse sur l’abolition de la taxe santé dans le premier budget de son gouvernement, l’abrogation de la loi 178 (crise étudiante) et la convocation du sommet promis sur le financement des universités, et le lancement des travaux sur une charte de la laïcité. Elle s’arrête là pour ne pas promettre des choses qu’elle n’aurait peut-être pas le temps de faire.
Elle réfute fermement que son équipe présente des faiblesses pour occuper les ministères à vocation économique. Elle rappelle qu’elle est elle-même détentrice d’un MBA et qu’elle a été ministre des Finances, et elle aligne parmi ses candidats, souligne-t-elle, un docteur en économie, deux détenteurs d’une maîtrise dans la même matière, cinq ou six MBA. «Gérer une entreprise et gérer un gouvernement, c’est deux choses», ajoute-t-elle en visant François Legault. «Le plus grand ministre des Finances fut Jacques Parizeau et il est docteur en économie.»
Calme et sereine
Mme Marois a roulé une heure hier matin avec Jean Lapierre et moi à bord de l’Express 2012 de Québecor. Elle est très calme, très détendue et d’une grande sérénité. L’approche de la ronde des débats ne la stresse pas. «Plusieurs y voient un test énorme. Il y a bien d’autres tests», minimise-t-elle, ceux de l’expérience, du programme et de l’équipe.
«Ça fait trente ans que je me prépare», jette-t-elle d’abord dans un éclat de rire, en réponse à la question sur sa façon de se préparer. Elle consacrera la journée de dimanche «à faire des synthèses» dans les différents dossiers, se sachant porter sur les longues démonstrations, et elle se promet de demander des comptes à ses opposants.
Gouvernement minoritaire
Pauline Marois semble plafonner dans les intentions de vote révélées par les sondages. Elle affirme évidemment travailler fort dans le but de former un gouvernement majoritaire mais elle s’accommoderait aussi d’être minoritaire. «Il faut respecter la démocratie», a-t-elle répété à quelques reprises. Elle trouve très méprisant pour la volonté populaire les propos d’un François Legault qui refuserait sa collaboration à un gouvernement minoritaire afin de provoquer de nouvelles élections très rapidement. Il y a des coûts importants pour la population, ajoute-t-elle, et un gouvernement minoritaire peut très bien durer un certain temps, rappelant ceux de 2007 au Québec et de Stephen Harper à Ottawa.
Elle pourrait même développer sa «gouvernance souverainiste» tout en étant minoritaire. «Je n’aurais pas à renoncer à la défense des intérêts des Québécois, de nos droits !».
Je n’ai pas réussi à lui faire dire «je suis prête», mais elle l’est.