/news/politics
Navigation
Focus

Une campagne sans tache

charest homard
Photo Didier Debusschere Jean Charest se plaît à faire des courses. Il rêvait probablement de son prochain repas en famille lors de son passage au Marché Les Pères Nature, à Sainte-Marie-de-Beauce, le 28 août.

Coup d'oeil sur cet article

Dans une campagne électorale où l’image influencera peut-être les électeurs plus qu’à l’habitude, les principaux chefs ont réussi à éviter les gaffes importantes jusqu’à présent.

« Devant autant d’indécision, les électeur choisiront parfois sur le coup de l’émotion, sur la perception et donc sur l’image. L’image pourrait contribuer de façon importante à choisir quel gouvernement va diriger le Québec », explique Louis Aucoin, spécialisé en relations publiques et en politiques publiques.

Depuis 30 jours, tous les détails comptent dans la campagne de Jean Charest, Pauline Marois et François Legault. En 2012, il faudra oublier les erreurs à la Gilles Duceppe et son célèbre bonnet hygiénique ou de Stockwell Day lors de l’élection fédérale de septembre 2000, qui s’était présenté à une conférence de presse sur une motomarine, vêtu d’une combinaison nautique.

À l’affût

Ces images font ensuite le bonheur des caricaturistes pendant des années. Jean Chrétien et son casque bleu à l’envers a cumulé quelques bourdes amusantes dans les années 90. Lorsque John Turner est devenu chef libéral en 1984, une caméra de télévision le capte en train de donner une petite tape sur les fesses de Iona Campagnolo, une candidate.

« C’est la campagne la plus importante depuis que nous avons commencé à se préoccuper de l’image. La préparation et le repos sont deux éléments clés. Éliminer les surprises reste aussi le véritable secret. Beaucoup plus que la couleur de la cravate. »

À deux jours du scrutin, M. Aucoin évoque la stabilité de M. Charest et de sa femme, la mise en valeur de l’équipe de M. Legault et Mme Marois qui arrive à dégager l’image d’un première ministre.

« L’objectif stratégique et fondamental, c’est de démontrer l’aptitude à gouverner. Cette fois, les bons coups sont plus faciles à identifier que les mauvais. »

Au moins deux spécialistes en stratégies ont notamment montré du doigt le foulard de M. Legault lors du débat à quatre. Cet élément a vite disparu par la suite.

Khadir invisible

« Chacun a misé sur une image très particulière et ils ont tenu la ligne jusqu’à la fin. Ils n’ont pas dérogé à l’électorat ciblé », ajoute Catherine Côté, professeure agrégée à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Jean Charest aurait marqué des points en s’entraînant dans une usine de biscuits de Saint-Augustin et M. Legault en présentant sa mère.

« Pour ceux qui ne seraient pas convaincus de l’importance de l’image, je rappelle la stratégie de Québec solidaire qui met à l’avant-scène Françoise David depuis le début. Dans le débat à quatre, la situation aurait été totalement différente avec Amir Khadir », affirme le spécialiste Luc Dupont.

La force de l’expérience

Jean Charest n’a pas besoin de faiseur d’image autour de lui, même en campagne électorale, affirme son attaché de presse Hugo D’Amours.

Complet marine, chemise blanche et cravate sous un soleil de plomb et une chaleur accablante, le chef libéral s’est soumis quotidiennement à l’épreuve thermique des points de presse et des bains de foule, pendant cette campagne électorale qu’il a voulu estivale.

Il est capable d’en faire autant par des froids sibériens. Les journalistes se rappellent encore de ce point de presse qu’il avait donné en février 2007 par un froid sibérien au Massif de Charlevoix, tête nue, col ouvert. Pas facile d’avoir toujours l’allure d’un premier ministre.

Le chef libéral choisit sa tenue vestimentaire selon ses goûts personnels et se charge lui-même de sa mise en plis, témoigne Hugo D’amours. Il n’a pas de coiffeur attitré, dit-il.

Jean Charest aura mené ses 35 jours de campagne électorale accompagné de deux de ses proches, sa femme, Michelle Dionne, et leur fils Antoine, qui revient d’une mission humanitaire en Tanzanie et qui accompagne son père pour les derniers jours de la campagne.

«Mme Dionne a toujours fait campagne avec son mari, ce n’est pas pour une raison d’image. On n’est pas dans ce genre de calcul. Ils ont les mêmes convictions», termine Hugo D’Amours.

-Régys Caron

Coquetterie et bains de foule

Lors d’une dégustation de produits à la fromagerie Saint-Guillaume, dans le Centre-du-Québec, cette semaine la chef du PQ a tourné le dos aux caméras pour goûter les fromages fins. Ce n’est pas très gracieux, a-t-elle lancé à la blague aux photographes et caméramans pour expliquer son geste.

En campagne électorale, tous les clics ne sont pas permis. L’entourage de Pauline Marois prend soin de son image et s’assure qu’elle paraisse sous son meilleur jour. Comme bien des femmes, la chef péquiste est coquette et n’hésite pas à faire des retouches à son maquillage et à sa coiffure avant de sortir en public. Elle préfère que les photographes prennent des clichés d’elle une fois qu’elle est bien mise.

Dans la journée, elle se prête aisément au jeu des photographes amateurs dans les bains de foule. Les gens sont souvent nombreux à vouloir immortaliser leur poignée de main avec elle.

Mais rares sont ceux qui ont accès à l’intimité de son autobus de campagne. Notre photographe a pu y prendre quelques clichés où on la voit avec son entourage qui l’épaule pendant la tournée électorale.

-Marianne White

La carte du chef accessible

Malgré les risques que cela comporte, François Legault ne recule devant aucun bain de foule depuis le début de la campagne. On compte pourtant sur les doigts d’une main les apostrophes de citoyens frustrés contre son parti ou son programme dans des lieux publics. L’accueil est généralement chaleureux.

De toute évidence, la CAQ a décidé de jouer la carte du chef accessible, près du peuple. Le chef caquiste refuse rarement les invitations. Il n’hésite pas à mettre la main à la pâte (même s’il s’exécute laborieusement derrière un comptoir), à enfiler le short et les espadrilles pour échanger quelques balles de tennis et même à porter le chapeau de cowboy dans un festival country (pendant une fraction de seconde). L’autodérision a toutefois ses limites... Pas question d’enfiler un bonnet blanc dans une fromagerie! La mésaventure de Gilles Duceppe a fait école. Les faiseurs d’image qui le traquent sans cesse le lui ont formellement interdit!

Chose certaine, le champion des points de presse en plein air (faute de moyens) en devra une à Dame Nature à la fin de cette campagne...

-Jean-Luc Lavallée

Commentaires