Il y a de la brume dans la boule de cristal. À 48 heures du vote, la seule certitude qu’on ait, c’est qu’une majorité absolue de Québécois sera mécontente d’avoir perdu son élection mardi soir. Cela augure mal pour le gagnant
Selon le sondage de Léger Marketing que nous publions aujourd’hui, le Parti québécois est favori pour prendre le pouvoir mardi soir, mais il est impossible de prévoir s’il formera un gouvernement majoritaire ou pas.
Il est aussi impossible de prédire avec certitude qui, de la CAQ ou du PLQ, formera l’opposition officielle, car il y a trop de luttes serrées ici et là et trop d’électeurs peuvent encore se raviser au moment d’inscrire une croix fatidique dans l’isoloir, mardi.
UN QUÉBEC TRÈS DIVISÉ
Ce qu’on voit cependant, c’est un Québec divisé, tant sur le plan régional que culturel, tant sur le plan économique que constitutionnel.
Il n’y a que six points de pourcentage séparant les trois partis en tête (PQ : 30 %, CAQ : 26 %, PLQ : 24 %). Les petits partis ramassent 10 %, ce qui est à peu près la proportion des « discrets ».
Le parti qui gagnera l’élection arrivera donc au pouvoir en sachant qu’une majorité absolue de Québécois n’aura voté ni pour lui, ni pour son option, ni pour ses orientations et ni pour son chef…
La division est aussi régionale. Le sondage indique que la CAQ est solide à Québec et dans les régions avoisinantes, que le PQ domine un peu partout ailleurs au Québec et que les libéraux semblent indélogeables dans leurs châteaux forts montréalais et de l’Outaouais.
Des luttes épiques se déroulent dans les couronnes nord et sud de Montréal ; le résultat final de l’élection va se jouer là, selon notre sondage.
Les Québécois sont aussi divisés selon les appartenances linguistiques. Il n’y a que 10 % des anglophones et des allophones qui soutiennent le PQ et seulement 18 % des francophones qui soutiennent les libéraux.
Ce sondage-ci n’a pas fouillé dans le détail des opinions sur l’économie ou le dossier constitutionnel, mais la campagne a laissé des traces.
On a vu le PQ se déporter plus nettement sur la gauche pour se rapprocher de Québec solidaire et se démarquer de la CAQ et des libéraux sur sa droite.
Et on a évidemment noté que François Legault s’est affranchi de la mouvance indépendantiste, a promis de voter NON à un prochain référendum et courtisé le vote anglophone au point d’obtenir l’aval de The Gazette.
PROMESSES RADICALES
Jean Charest a fait campagne sur la stabilité, proposant le statu quo (business as usual, comme on dit en latin), mais les deux autres ont pris des engagements assez radicaux : reprise des hostilités avec Ottawa, politiques identitaires agressives, abolition de la loi 12 qui a mis fin aux protestations des étudiants pour le PQ. La CAQ, elle, parle d’abolir les commissions scolaires, de sabrer la fonction publique et les sociétés d’État, de réformer l’éducation et la santé.
Mais que vaudront ces engagements au lendemain de la campagne ? Quel est le mandat réel d’un gouvernement élu avec un tiers des voix ?
Il y a des élections où l’on voit clairement que c’est le vainqueur qui a gagné, porté par une vague d’énergie populaire – comme le PQ en 1976.
Et d’autres, comme celle-ci, où c’est plutôt le perdant qui a perdu : Jean Charest, congédié.
Mais, pour les gagnants, cette fois-ci, la lune de miel risque d’être de courte durée.