Opinion | Chroniqueurs

La clémence de l’histoire

Jean-Jacques Samson

Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

Jean Charest m’a assuré durant la campagne ­électorale qu’il ne craignait pas le jugement de l’histoire sur sa personne et son gouvernement.

Il a droit, je crois, à une certaine clémence de la part des historiens.

« J’ai confiance là-dessus, m’avait-il dit. Il y a un jugement de l’histoire qui vient avec du recul sur l’ensemble des gestes faits par un gouvernement. » Le premier ministre m’était cependant apparu alors comme une bête politique blessée dans son for intérieur par les allégations de corruption martelées par ses adversaires, qui se sont profondément incrustées dans la population. Il m’a alors avoué en être effectivement affecté.

Jean Charest a consacré les 28 dernières années de sa vie à la politique, soit presque toute sa vie professionnelle, et il ferme ce chapitre à 54 ans seulement, au terme de neuf années dans la plus haute fonction au Québec, celle de chef de l’État.

Long calvaire

Député de ce parti depuis 1984 et chef du Parti conservateur du Canada depuis 1993, la transplantation au Parti libéral du Québec en 1998 fut difficile. Les performances oratoires de « Monsieur Canada » durant la campagne référendaire de 1995 avaient fortement contribué à la victoire du Non, mais le sauveur demeurait un étranger dans la famille du PLQ. Il connaissait mal les dossiers de politique québécoise et il a commis l’erreur de s’entourer de « bleus » pour l’élection de 1998, qu’il a perdue aux mains de Lucien Bouchard.

Devenu premier ministre en 2003, il s’est heurté à un mur syndical et il a abdiqué à effectuer la réingénierie promise de l’État québécois afin d’en assainir les finances. Son gouvernement a sauté d’une crise à l’autre au cours de ce premier mandat, jusqu’à l’élection de 2007 qu’il a remportée, mais minoritaire. Il a pris l’initiative de déclencher une nouvelle élection dès 2008, en prétextant avoir besoin d’un mandat plus fort pour affronter les perturbations économiques qui approchaient, mais en nous cachant de cruelles vérités sur les pertes de la Caisse de dépôt et placement et le déficit à venir.

Son dernier mandat a été un long calvaire : allégations multiples de corruption du gouvernement, commission d’enquête sur la nomination des juges, boycott des cours par les étudiants, manifestations violentes, la crise étudiante a dégénéré en crise sociale.

Bâtisseur

À l’exemple de Robert Bourassa, Jean Charest a voulu être un bâtisseur. Tout comme lui, il croyait sincèrement que l’exploitation de nos richesses naturelles était, tout autant que pour l’Alberta, la planche de salut des Québécois et il s’est passionné pour le Nord.

Plusieurs indicateurs économiques sont aussi très encourageants, après ces neuf années de gouvernement libéral. Les Québécois accordent toujours trop peu d’importance à cette dimension. Le premier ministre a toujours su s’entourer d’une solide équipe de ministres économiques depuis 2003 et les politiques choisies ont donné de bons résultats.

Le gouvernement Charest a été menotté dans de nombreux dossiers par l’obstruction systématique des organisations syndicales et d’autres groupes de pression de gauche qui non seulement versaient dans la grossière démagogie pour appuyer leurs positions, mais qui risquaient de provoquer une crise sociale à tout propos. Jean Charest préférait généralement reculer alors, sauf sur le placement dans l’industrie de la construction et la hausse des frais de scolarité.

Homme de passion, homme de devoir, homme de parti, Jean Charest a fait son travail en donnant son 110 %, jusque dans son discours d’acceptation d’une défaite honorable.

Mes respects, monsieur.

Vos commentaires

En commentant sur ce site, vous acceptez nos conditions d'utilisation et notre netiquette.

Pour signaler un problème avec Disqus ou avec la modération en général, écrivez à moderation@quebecormedia.com.
Les commentaires sont modérés. Vous pouvez également signaler aux modérateurs des commentaires que vous jugez inappropriés en utilisant l'icône.

Commentaires propulsés par Disqus