La famille des Capitales revendique la quatrième conquête d’affilée du championnat de la Ligue Can-Am. Une victoire expéditive sur la formation occupant le deuxième rang de ce petit circuit, les Jackals du New Jersey.
Vaincre la formation québécoise dans les éliminatoires constitue un défi irréalisable depuis 2009. La multiplication des championnats ne coupera pas l’appétit des joueurs en 2013, pas plus que cela ne s’est produit en 2012. Triompher ne devient jamais une routine dont on se lasse.
« Une fois l’intensité de la fête dissipée, assis dans l’autocar, nous nous sommes regardés et nous avons tous été secoués par un fou rire, explique le président Michel Laplante. Nous repensions aux éditions qui ont gagné avant nous. Il y a quatre ans, nous ne pensions jamais en coller quatre. Cette année, le mandat se voulait clair dans notre ligue. Il fallait empêcher Québec d’en remporter un autre. »
Laplante observait ses guerriers. Son regard s’arrêtait quelques secondes sur ces visages familiers de Josh Colafemina, Ivan Naccarata, Sébastien Boucher, Karl Gélinas et Pierre-Luc Laforest qui reviennent à Québec une année après l’autre. « Ils jouent chez nous parce qu’ils aiment le baseball et tiennent à gagner. »
L’opposition a vainement tenté de briser cette dynastie. « Mais nous en avons donné encore plus pour réussir. Il existe une grande satisfaction dans notre organisation de mener la parade parce que nous nous entraînons plus fort et jouons avec plus de fougue et d’intensité que les meilleurs parmi nos adversaires. »
Respect et unité
Les Capitales fonctionnent selon un plan et une philosophie bien établis. Le baseball s’en remet beaucoup trop aux chiffres dans l’évaluation des joueurs, selon l’ex-lanceur. Québec l’a compris sous l’impulsion de Miles Wolff et Laplante.
« Il nous apparaît primordial d’embaucher des personnalités. Lorsqu’elles démontrent leur attachement envers notre équipe, nous nous efforçons de les garder avec nous. Il y a tellement de petits détails qui ne figurent pas dans les statistiques d’un joueur comme pousser un coureur sur les coussins, fournir l’effort pour avancer de 90 pieds, saisir la mécanique du lanceur adverse après quatre manches parce qu’on a pris le temps de l’analyser sur le monticule. Nous croyons à ces valeurs. »
Après l’ultime victoire, le gérant Pat Scalabrini a pris la parole dans le vestiaire. Il a ensuite été imité par chacun des joueurs. Repêché en 1992 et ayant porté les couleurs de plusieurs équipes, Laplante ne se souvient pas d’une telle unité. « Quand les gars se donnent l’accolade, le geste se veut sincère. Il existe un respect énorme entre chacun de nous. »
Quatre championnats d’affilée, cinq en sept ans, de quoi populariser les Capitales dans le baseball mineur, le sport national des Américains.
« Notre réputation augmente en effet et nous le devons aux joueurs qui parlent des Capitales. En décembre, Jonathan Malo tenait toujours à évoluer dans le baseball affilié (sept saisons dans l’organisation des Mets). Il ne voulait pas se voir indiquer la sortie, mais il disait espérer jouer éventuellement à Québec afin de comprendre ce qui se passait dans notre groupe. »
Après la victoire, il a confié à ses coéquipiers qu’il comprenait maintenant. « Pour Jonathan, c’est la conception qu’il s’est toujours fait d’une équipe professionnelle. C’est le témoignage d’un joueur crédible. Il en ira ainsi dans la biographie prochaine d’Éric Gagné qui consacrera quelques pages aux Capitales. »
Laplante n’ignore pas que des observateurs s’interrogent sur la qualité de la Can-Am, ce qui pourrait assombrir les succès des Capitals. Il ne peut contredire cette analyse, dit-il, car son équipes affronte seulement quatre rivaux pendant toute la saison et gagne le championnat après une seule ronde.
« Il n’en demeure pas moins que rien ne nous oblige à remporter 66 matches sur 100 et quatre championnats d’affilée. La parité n’existe pas partout dans le baseball mineur. Des équipes partent favorites pour tout rafler et elles n’y parviennent pas. Nous gagnons. » Et là, nous ne pouvons le contredire.
Les orignaux
Ces championnats permettent au baseball canadien et québécois de relever la tête fièrement.
« Il y a un mois, un adversaire a mentionné à un des nôtres que les orignaux (lire les Canadiens) ne savaient pas jouer au baseball. Nous avons remporté notre série contre cette équipe que je ne nommerai pas. Après la dernière victoire, il a corrigé ses dires en avouant que “les f… Moose savaient jouer au baseball”. »
Depuis, les joueurs des Caps portaient les mains à la tête pour imiter un panache après un bon coup. Les Américains de l’équipe rigolaient de cette réaction des 19 Canadiens et 9 Québécois de l’équipe. « Ils partageaient notre fierté. »
Ensemble, ils savourent maintenant une autre conquête.