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Le Québec | histoire de famille

Les Beaulieu

L’enfer de Dieppe

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L’enfer existe... C’est du moins ce qu’a dû se dire Alexis Beaulieu, l’un des soldats des Fusiliers Mont-Royal, en débarquant sur les plages de Dieppe, le matin du 19 août 1942.

Les Beaulieu qui font leur arbre généalogique risquent de tomber sur un pionnier qui s’appelait Albert, Bertrand, Brillant, Desmoulins... etc. Un seul pionnier portait le nom de Beaulieu à son arrivée en Nouvelle-France. Le plus souvent, Beaulieu a été un surnom. C’est le cas, par exemple, de Pierre Hudon « dit Beaulieu », un soldat du régiment Carignan Salières arrivé en 1665, qui s’établit à Rivière-Ouelle avec sa femme Marie Gobeil. Leurs descendants signeront tout simplement Beaulieu.

Parmi les plus illustres descendants de la famille, il y a Victor-Lévy Beaulieu, le grand écrivain de Trois-Pistoles dont l’œuvre marquante, faite notamment de romans et d’essais biographiques d’écrivains célèbres comme Yves Thériault, Victor Hugo ou James Joyce, occupe une place fondamentale dans notre littérature.

Même s’il n’a laissé aucun grand livre, Alexis Beaulieu (1911-1944) mérite aussi notre attention.

OUVRIR UN DEUXIÈME FRONT

En 1942, l’Union soviétique réclame depuis un moment l’ouverture d’un nouveau front à l’ouest. Les Américains, plongés officiellement dans la guerre depuis la fin de 1941, militent pour un débarquement en France plutôt qu’en Afrique du Nord. Ce projet, jugé trop risqué, n’enthousiasme guère les Britanniques mais ils se laissent convaincre par leur puissant allié. Voilà un beau défi pour les troupes canadiennes, pensent certains commandants anglais...

L’opération « Jubilee » est lancée le 19 août 1942. D’autres raids exécutés sur les côtes françaises par de petits commandos alliés avaient eu lieu auparavant. Le débarquement de Dieppe est cependant le plus important. Près de 6 000 hommes y prennent part dont 4 953 Canadiens. L’objectif est de détruire les défenses allemandes et les installations portuaires.

Les troupes partent en pleine nuit. Aucun bombardement des positions ennemies n’est prévu avant l’arrivée des soldats canadiens. L’effet de surprise souhaité est vite gâché par un petit convoi allemand qui croise les bateaux alliés sur la Manche, le détroit qui sépare la France de l’Angleterre. Lorsqu’ils foulent les plages de Dieppe, les soldats canadiens font donc face à un adversaire féroce et prêt à l’affrontement.

BAPTÊME DE FEU

Comme l’écrit la jeune historienne Caroline D’Amours dans un excellent mémoire consacré à l’événement : « Le baptême de feu des Canadiens fut pire que tout ce qu’ils avaient imaginé ». On imagine en effet des scènes semblables à celles des premières minutes d’Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg.

Des soldats mal préparés à ce type d’attaque sautent dans l’eau froide, la peur au ventre. Une fois sur la plage, la confusion la plus totale : un feu nourri, des blessés criant de douleur, des officiers paralysés. Un survivant raconte : «Ils tombaient tous, les uns après les autres à côté de moi. Quel spectacle terrifiant. Je ne pouvais rien faire pour eux...».

À 11h00, les commandants ordonnent l’évacuation de Dieppe. À 14h00, l’opération est terminée. Environ 45% des troupes canadiennes ne répondent pas à l’appel. Le bilan est dramatique : 1421 soldats sont morts ou grièvement blessés et 1 946 autres sont faits prisonniers par les Allemands. Parmi ces derniers, Alexis Beaulieu, 31 ans.

Comment expliquer un tel échec ? Les historiens croient qu’on aurait préparé un mauvais plan, sous-estimé la force de frappe de l’ennemi et mal équipé nos hommes. Caroline D’Amours estime pour sa part que c’est surtout l’entraînement des soldats qui aurait fait défaut. Cette nouvelle guerre de mouvement nécessitait plus d’autonomie des soldats, un commandement moins hiérarchique et rigide.

On a beaucoup dit qu’à Dieppe les Canadiens français avaient servi de chair à canon. Tous les spécialistes sérieux affirment que c’est faux. Dans l’enfer de Dieppe, la langue des victimes comptait bien peu...

Caroline D’Amours, Les Fusiliers Mont-Royal au débarquement de Dieppe, Mémoire en histoire, Université Laval, 2009

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