2,2 millions $ ont été amassés à ce jour lors de la Guignolée à travers le Québec. Les Québécois sont-ils enclins à donner? Selon les études, nous serions parmi les moins généreux en Amérique du Nord. Tous n’ont pas toujours l’argent ou le temps à consacrer aux divers organismes à Noël et le reste de l’année. Comment alors poser le bon geste? Nous avons soumis la question à ceux qui travaillent sur le terrain, auprès des plus démunis.
Les Québécois se sont encore fait dire cette semaine qu’ils sont moins généreux que les résidents du reste du Canada et encore moins que les Américains, selon une étude publiée par l’Institut Fraser.
Dans un classement des 64 provinces et États du Canada et des États-Unis qui donnent le plus, le Québec et le Yukon arrivent à égalité au 59e rang, suivis seulement du Dakota du Nord, de la Virginie-Occidentale, des Territoires-du-Nord-Ouest et du Nunavut.
Ces données confirment les résultats d’une autre étude, de Léger Marketing, sur les tendances en philanthropie. Publiée il y a quelques jours, l’étude révèle que les Québécois ont donné en moyenne 231 $ en 2011, alors que la moyenne des dons individuels pour le reste du Canada est de 517 $, selon les déclarations de revenus.
«Les Québécois sont peut-être moins généreux en argent sonnant, mais, en termes de bénévolat et de dons de temps, c’est moins clair. Ils faut aussi dire qu’ils sont les plus taxés et qu’ils ont en partie délégué à l’État et aux organismes le soin de redistribuer l’aide là où c’est nécessaire», nuance Jean-Marc Fontan, sociologue et professeur d’économie sociale à l’UQAM.
Si vous demandez à ceux qui œuvrent auprès des démunis, ils vous diront que les Québécois sont généreux... mais pressés. «Les gens sont prêts à donner, mais il faut que ça soit simple et rapide parce qu’ils n’ont pas le temps. Il ne faut pas que l’approche soit compliquée», croit Jean-François Archambault.
Le directeur et fondateur de la Tablée des chefs est de ceux qui réfléchissent aux façons de «donner autrement». Son organisme lutte contre la faim et développe l’autonomie alimentaire des générations futures, décrit-il fièrement. Les jeunes et les adultes peuvent y suivre des ateliers et des camps culinaires, dont les profits serviront à financer la formation culinaire auprès des jeunes en milieu défavorisé. Parmi ses nombreuses activités, la Tablée offre également des corvées de bouffe en groupe et la nourriture cuisinée sous la supervision d’un chef est redistribuée dans les banques alimentaires. «Les gens sont contents de contribuer. Ça se sent», assure-t-il.
Adopter une famille
Il est possible d’être généreux autrement, croit également Tommy Kulczyk. Après plus de trente ans de lutte à la pauvreté, le directeur de Jeunesse au Soleil est convaincu qu’une vie n’est pas pleinement vécue sans le don de soi. «On peut être une étincelle, une locomotive dans son milieu en posant des gestes simples : prendre le temps d’appeler quelqu’un de seul, aider une personne âgée à déneiger, inviter une personne qui n’a pas de famille à Noël. L’idée, c’est de saisir les occasions», propose-t-il. Il est aussi possible de mieux cibler nos dons en s’informant des besoins et de l’âge des membres d’une famille en difficulté. Certaines paroisses offrent cette possibilité, affirme Tommy Kulczyk.
Faire circuler les biens
Les Québécois manquent de temps, mais ils ont peut-être des trésors à donner. Les organismes qui aident les gens en difficulté à se reloger identifient d’immenses besoins de base. «Ces personnes n’ont rien. Ni literie, ni vaisselle, ni vêtements. C’est tout le milieu matériel qu’il faut réorganiser», explique Marlène Poirier du Carrefour pour elle, de Longueuil.
Le jour du Nouvel An, les Napolitains jettent par la fenêtre les objets qui ne servent plus pour symboliser la mort d’une année. C’est la tradition du capodanno. Chez nous, des organismes se chargent de trier, de restaurer et de bien redistribuer les produits de notre société de surconsommation. Le moment est peut-être bien choisi pour rassembler ces biens qui peuvent encore être utiles... sans les jeter par la fenêtre.
«On le sait, les gens travaillent fort. Il suffit simplement de prendre un instant, à sa façon. Si chacun posait ces gestes, imaginez le monde dans lequel on vivrait», conclut Tommy Kulczyk.