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Christine, la reine garçon

Méconnaissable Bonnier

 Céline Bonnier
Céline Bonnier endosse avec justesse les complexités et les tiraillements de la reine Christine de Suède, qui reniera sa patrie pour suivre ses ambitions.

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Un travail de recherche indéniable, un texte intelligent, une Céline Bonnier méconnaissable, un jeu d’acteurs précis, des costumes à couper le souffle et une mise en scène aux allures d’œuvres d’art : malgré sa laideur, Christine de Suède avait tout pour séduire mardi soir.

Après avoir fait fureur lors de sa première mondiale à Montréal, la plus récente pièce du dramaturge Michel Marc Bouchard s’arrêtait à la Salle Albert-Rousseau dans le cadre de sa tournée québécoise qui la mènera dans huit villes de la province d’ici la mi-février.

Christine, la reine-garçon propulse le spectateur en 1649, en Suède, dans l’univers glacial de cette reine hideuse, bossue, féministe avant son temps, rejetée dès sa naissance et «élevée comme le plus grand des princes». Amoureuse de sa première dame de compagnie, tiraillée entre la rigueur de Luther et le catholicisme, la reine, brisée, renoncera à son trône et quittera tout pour Rome, dans l’objectif d’être librement ce qu’elle désire être.

Drame contemporain

Par la justesse de son écriture, Michel Marc Bouchard réussit à faire de ce drame historique une épopée contemporaine. Sous les airs de grand classique d’un autre siècle, on découvre – et on s’attache – à cette reine mal aimée, cette battante qui refusera de se soumettre à la volonté de ses proches qui lui somment d’ouvrir ses cuisses et de donner au peuple un héritier. Mais qui découvrira tout de même les ravages de l’amour.

Au cœur de cette proposition, Céline Bonnier endosse toute la complexité du personnage, dans ses paradoxes, sa rigueur philosophique, son caractère bouillant, sa vulgarité rigolote et sa sensibilité, qu’elle se permet lorsqu’il est question de celle qu’elle aime, Ebba, intensément interprétée par Magalie Lépine-Blondeau.

On craque pour le personnage de David Boutin, le cousin «amoureux» qui cumule les bassesses amusantes pour conquérir le cœur de Christine, et sur celui du «faux frère» imbu de lui-même, vaniteux, joué par Francis Ducharme, en replacement d’Éric Bruneau en tournée. Mention honorable aux apparitions de Catherine Bégin, marâtre imposante que l’on se plaît à détester.

L’auteur des Feluettes et des Muses orphelines signe ici un scénario fort, cru, réfléchi. Il flirte avec l’humour et glisse les éléments pertinents de l’histoire dramatique de Christine de Suède, sans toutefois tomber dans le documentaire instructif.

Le tout est livré dans une mise en scène de Serge Denoncourt, qui se veut une sorte de succession d’arrêts sur image. Indéniablement, Christine, la reine-garçon, ouvre une porte, qui donne envie d’en connaître davantage sur le destin atypique de cette souveraine. Chapeau.

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