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Francœur : le rockeur sanctifié

Charles Messier – Francœur : le rockeur sanctifié

Lucien Francoeur
Photo courtoisie Lucien Francoeur avec Gerry Boulet.

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Le journaliste Charles Messier présente Lucien Francœur plus vrai que vrai dans Francœur.

Au fil des pages d’un scrapbook où les manuscrits, les photographies étonnantes, les souvenirs et les confidences se côtoient, le journaliste Charles Messier présente Lucien Francœur plus vrai que vrai dans Francœur : le rockeur sanctifié. Une bio qui explique dans le détail comment Francœur, le représentant québécois de la Beat Generation, est devenu Francœur.

Lucien Francœur, «le freak de Montréal», l’homme qui a connu tant les succès que les abîmes, raconte tout dans cette biographie originale, qu’on parcourt avec curiosité et grand plaisir. On apprend tout de lui: ses influences, son parcours, ses virées mémorables aux États-Unis, sa passion pour la poésie et pour la musique, sa vie «sex, drugs & rock’n’roll», et puis l’autre vie, plus rangée, de conjoint, du papa de Virginie, de prof de cégep.

On croirait qu’il a tout fait: jeune poète, il a été remarqué par Gaston Miron, qui a cru en lui. Fréquenté des figures marquantes de la culture québécoise. Il a connu le succès avec le groupe Autr’Chose dans les années 70-80. Il est devenu animateur-vedette à CKOI. Quelques mois après avoir pris sa retraite comme professeur de français au cégep de Rosemont, il a accepté de se dévoiler comme jamais, avec l’humour et le franc-parler qui le caractérisent.

«L’idée, c’est l’itinéraire, avec les balises, les sémaphores en cours de carrière qui m’ont allumé en cours de carrière, soit des livres, des films, des rencontres. Il a fallu sacrifier beaucoup de choses, car le livre aurait eu 200 pages de plus», commente Lucien Francœur en entrevue. «De tout sortir ça, à l’âge que j’ai, avec tous les amis... je fais le bilan, quand même. C’est comme si je devais faire le deuil, tout d’un coup, de tous les petits deuils que je n’ai pas faits.»

Documents d’époque

L’artiste a gardé quantité de documents d’époque — par chance. «Je suis un collectionneur, un gardeur d’affaires. J’en ai perdu en cours de route. Pas à cause de moi, parce que je réussissais toujours à placer mes boîtes chez des amis quand j’étais en mouvance. Mais chaque fois que tu fais quelque chose, tu remets des documents. On te fait la promesse qu’on va te les retourner tous et quand tu viens pour faire un autre truc, tu te rends compte, ben coudon, qu’il manque telle ou telle chose.»

Heureusement, la Bibliothèque nationale du Québec a le fonds Francœur. «Ils ont acheté dans les années 80 tous mes documents de travail, mes manuscrits d’origine. Donc je suis allé consulter pour ramasser quelques documents qui remontaient à l’époque du cégep Maisonneuve. Même moi, je ne peux pas jouer là-dedans comme je veux. Et pour faire un livre comme ça, il fallait avoir des archives.»

Les côtés sombres

Lucien Francœur n’a pas hésité à parler des côtés plus sombres, plus difficiles de son parcours. «J’ai cumulé trois, quatre carrières en même temps, dont la principale, l’enseignement, celle qui m’a permis de nourrir ma fille et de la suivre aujourd’hui à 25 ans HEC. Cette carrière m’a permis beaucoup de liberté de mouvement, mais en même temps, j’avais l’image quand même d’un prof déjà rebelle. Il fallait que je sois d’une rigueur incroyable et il y a des choses que je ne pouvais pas révéler parce que je me retrouvais dans une classe. Déjà qu’on acceptait le rebelle, le poète, il ne fallait pas que j’exagère. J’ai pris ma retraite l’année passée, après 30 et quelques années d’enseignement, et je suis moins limité dans mes propos.»

Devenir papa et changer

Lucien Francœur parle avec une grande tendresse de sa fille Virginie, maintenant étudiante aux HEC.

«Elle a contribué, à sa manière, à changer Lucien Francœur. C’est ça l’idée: le freak de Montréal devient le rockeur sanctifié... Il se civilise, s’humanise et quand il a son enfant dans les bras... carrément... c’est l’enfant qui m’a mis au monde. À ce moment, bien des choses ont changé. La priorité n’était plus les chums, le trip... il y avait le petit bébé. J’ai peut-être laissé tomber la France pour faire le John Lennon à la maison parce que j’ai fait comme lui, j’ai fait des purées. Je lisais le livre de Louise Lambert-Lagacé. Le monde me demandait ce que je faisais de bon, je disais, je fais des purées, s’tie! Ça ne se fume, pas, t’hallucines pas. Tout ça a contribué à faire un Lucien Francœur pas si pire!»

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