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J’étais une victime

Dominic Maurais

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Les témoignages des victimes d’agressions sexuelles au procès des pères rédemptoristes m’ont donné la nausée cette semaine.

Les témoignages des victimes d’agressions sexuelles au procès des pères rédemptoristes m’ont donné la nausée cette semaine.

Habituellement, les comptes rendus de procès m’intéressent peu, mais celui-là m’a profondément chaviré, à m’en troubler le sommeil.

Ces histoires d’agressions, de manipulations et de tortures sexuelles subies aux mains de soutanes dépravées m’ont renvoyé à ma propre enfance.

Souvenirs noirs

Mercredi matin, au bureau, j’ai été amené par une quelconque pulsion à faire une recherche Google sur Bernard St-Onge. C’est lui qui, en 1978, m’avait agressé sexuellement, comme près d’une dizaine d’autres enfants. Nous étions alors louveteaux et scouts à Shawinigan.

St-Onge travaillait à la Commission scolaire de Shawinigan comme catéchète. Il achetait les parents naïfs avec de l’argent, des rénovations, des cadeaux de toutes sortes et nous, les enfants de 9 ans, il nous gâtait avec les derniers gadgets de l’heure, des caméras, parfois même des voyages et des soupers au restaurant.

Mercredi matin, le résultat de ma recherche m’a amené vers un avis nécrologique. St-Onge est mort le 23 juillet. Ce soir-là, j’étais en train de faire la fête à Québec au spectacle de mon artiste préféré, Paul McCartney.

C’était une superbe journée d’été. Et lui, à l’autre bout de la 40, il s’éteignait, sans que nous, les victimes, ayons touché une seule compensation, eu un seul mot d’excuse, ni même une brève rencontre avec l’évêque de Trois-Rivières de l’époque, Laurent Noël.

La seule petite consolation était survenue en décembre 1992. St-Onge avait été condamné à six mois de prison. C’était la journée de mon anniversaire. En ondes à CHLN-55 à l’époque, j’avais lu la nouvelle de sa condamnation.

Le clergé étouffe l’affaire

Onze ans plus tôt, j’avais pourtant dénoncé les agressions et les baisers forcés à ma mère. Mais les parents et le clergé avaient alors honteusement mis l’histoire sous le boisseau.

Et en août 1981, les hautes instances catholiques mutaient le pédophile à col romain vers la paroisse Sainte-Cécile, à Trois-Rivières.

Le procès de cette semaine me renvoie à cette même mascarade, cette froideur glaciale d’un clergé au discours mécanique, au détachement moral, au manque total de charité indigne de ministres de Jésus.

Les victimes, maintenant des hommes mûrs, sont forcées de raconter leurs sévices devant bourreaux et procureurs, contraintes à revivre le cauchemar.

Pendant ce temps à Trois-Rivières, l’Assemblée des évêques se réunissait pour parler du projet de charte de Bernard Drainville. Pas un seul mot de compassion ni d’excuses à l’endroit des victimes. Rien!

Ces temps-ci, le «patrimoine religieux du Québec» semble bien commode comme une réconfortante «doudou» contre une modernité et une diversité fluide.

N’omettons donc jamais la face sinistre de ce patrimoine, ces innombrables agressions commises en gang, en soutane, se prétendant de Dieu.

Je pense souvent à mes amis de Shawinigan. Comme aux Orphelins de Duplessis et aux victimes de Mount Cashel, à Terre-Neuve, dont le monastère des agresseurs a été démoli et le terrain vendu pour leur livrer compensation.

Plusieurs se sont suicidés. D’autres souffrent.

Mais beaucoup ont survécu, se sont relevés et marchent droit devant.

Car, oui, il y a cette force, cette résilience.

On n’est plus vraiment comme avant, mais comme un arbre meurtri, on donne quand même des fruits.

Et on grandit.

Une victime j’étais.

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