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« Mais qu’est-ce que tu fais derrière la caisse? »

Propriétaire d’une épicerie à Vanier, Karim Elabed a fait une croix sur une vocation d’expert-comptable

Karim Elabed
© Photo Simon Clark D’origine marocaine, Karim Elabed a dû mettre ses diplômes de côté et se résoudre à ouvrir une épicerie dans le quartier Vanier.

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Bardé de diplômes à son arrivée au Québec, en 2008, Karim Elabed n’a jamais réussi à obtenir ses équivalences. Déçu de l’indifférence d’employeurs potentiels, il a dû se résoudre à ouvrir une épicerie à Place Fleur de Lys, dans le quartier Vanier.

Bardé de diplômes à son arrivée au Québec, en 2008, Karim Elabed n’a jamais réussi à obtenir ses équivalences. Déçu de l’indifférence d’employeurs potentiels, il a dû se résoudre à ouvrir une épicerie à Place Fleur de Lys, dans le quartier Vanier.

« Des fois, je remplace à la caisse. Les gens ne savent pas que je suis le propriétaire. Mais quand je discute avec eux, ils me disent: Mais qu’est-ce que tu fais derrière la caisse? »

Karim Elabed, propriétaire du Marché Label Terre (boucherie, fromagerie et épicerie) entend parfois cette remarque de ses clients. Il faut dire que le parcours de cet homme de 40 ans est singulier.

Titulaire d’un baccalauréat en économie et finances au Maroc en 1995, il détient une maîtrise en sciences politiques en France en plus d’un diplôme d’études spécialisées en finances et gestion. Karim a ensuite travaillé pendant cinq ans comme auditeur-consultant chez le réputé cabinet Ernst&Young. Bref, ses études et son expérience de travail le destinaient davantage à l’expertise comptable qu’à la vente de fromage et de viande.

Or, en débarquant ici pour rejoindre son épouse québécoise, il a découvert que le marché de l’emploi était plutôt«fermé» aux gens possédant son profil.

«Le système est très corporatiste. Il aurait fallu reprendre mes études d’expert-comptable à l’université. J’ai décidé d’aller directement sur le marché du travail, car je devais nourrir ma famille», a-t-il expliqué au Journal.

Discrimination systémique

À l’époque, M. Elabed était surpris des «barrières à l’entrée» et de la «discrimination systémique». Pour les employeurs, un diplôme canadien était une condition sine qua non pour aspirer à un travail. «Ce qui m’avait choqué, c’était que je ne recevais aucune réponse à mes envois de CV. C’était souvent silence radio. Ça m’humiliait. Je trouvais ça méprisant», a-t-il lâché.

Malgré tout, Karim Elabed n’a rien d’un aigri. Il dit accepter la situation de bon cœur. «L’amertume est chez les gens qui m’entourent comme ma femme et mes parents, qui m’ont vu aller très loin dans mes études et qui me voient aujourd’hui dans une épicerie, a-t-il admis. Moi, je suis parfaitement en accord et en paix avec ça.»

Autres témoignages

Ce n’est pas le cas de plusieurs autres immigrants à qui le Journal a parlé et qui ont désiré conserver l’anonymat. Un épicier algérien, titulaire d’un doctorat de l’Université Laval, a ainsi amèrement assuré avoir «rangé (son) diplôme bien loin dans un tiroir». Une Tunisienne, titulaire d’une maîtrise, a rapporté que son milieu de travail était uniquement constitué de Québécois ayant à peine terminé leur secondaire.

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