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Le cueilleur des bois

Le cueilleur des bois
Photo Agence QMI «...  il y a une façon de cueillir qui n’est pas toujours respectée. Cela nuit à l’équilibre de nos écosystèmes.»

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Lorsqu’il a commencé à vendre ses premières plantes sauvages à son comptoir du marché Jean-Talon en 1987, François Brouillard se faisait traiter de vendeur de mauvaises herbes.

Lorsqu’il a commencé à vendre ses premières plantes sauvages à son comptoir du marché Jean-Talon en 1987, François Brouillard se faisait traiter de vendeur de mauvaises herbes.

Aujourd’hui, les foodies montréalais et adeptes de l’achat local s’arrachent le fruit de ses cueillettes saisonnières. «Pour moi, il n’y a aucune mauvaise herbe. Elles sont simplement à la mauvaise place», dit-il.

Sa passion contagieuse aura finalement eu raison des plus sceptiques. Pendant plusieurs années, il a approvisionné les plus grands chefs du Québec, dont Normand Laprise du Toqué. L’an dernier seulement, il a vendu pas moins de 8000 livres de têtes de violons, sans compter toutes les autres plantes sauvages qui sont venues s’ajouter à son inventaire avec les années.

L’homme s’est donné comme mission de nous faire découvrir les vertus et le goût raffiné du gingembre sauvage, de la laitue de mer, de la roquette sauvage, des racines de phragmites (pour fabriquer un succédané de café), du rapini sauvage, des champignons et des épis de quenouilles.

Natures ou en conserve, transformées en moutardes, épices ou marinades, toutes ces denrées riches en vitamines et minéraux poussent en abondance dans nos forêts et nos champs, en bordure des routes ou du fleuve Saint-Laurent. «Nos grands-mères savaient tout cela, mais cet héritage s’est perdu avec l’industrialisation de l’alimentation», déplore le propriétaire de l’entreprise Les Jardins sauvages.

QUATRIÈME GÉNÉRATION

Issu de la quatrième génération d’une famille de cueilleurs, François a vite compris qu’il y avait moyen de se nourrir autrement qu’en allant faire ses courses au super marché. À l’âge de cinq ans, sa grand-mère le traînait avec ses 19 oncles et tantes pour cueillir des fraises des champs. «Je détestais cela, se souvient-il. Je boudais. Pour me punir, on me privait de tarte aux petites fraises. »

Sa famille, originaire de l’Outaouais, fabriquait du vin avec des raisins sauvages ou du sureau et de la gelée de bourgeons d’épinette. Son intérêt pour les plantes sauvages lui vient de là et des nombreuses recherches et lectures effectuées sur le sujet.

Pionnier de la gastronomie forestière au Québec, il s’inquiète de voir proliférer les cueilleurs non expérimentés. «Plus il y aura de monde dans le bois, moins il y aura de coupe à blanc, dit-il, mais il y a une façon de cueillir qui n’est pas toujours respectée. Cela nuit à l’équilibre de nos écosystèmes.»

Pour protéger certaines espèces, le gouvernement s’apprête à légiférer. Selon lui, il s’agit d’une bonne nouvelle dans la mesure où les bons cueilleurs ne se voient pas interdire complètement la vente de produits très recherchés.

D’ici là, lui et sa conjointe, la chef Nancy Hinton, continuent inlassablement de transmettre l’héritage de nos ancêtres en organisant, entre autres, des ateliers soupers thématiques préparés avec des plantes sauvages. L’activité a lieu sur réservation à la Table des jardins sauvages, à Saint-Roch-de-l’Achigan.


Les Jardins sauvages 17, chemin Martin Saint-Roch-de- l’Achigan, QC 450 588-5125

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