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Guadeloupe

Optez pour l’aile verte du papillon

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BASSE-TERRE, Guadeloupe | Vue d’avion, la Guadeloupe, c’est un papillon aux ailes déployées au cœur des Petites Antilles.

L’aile gauche, à l’ouest, c’est la Basse-Terre, la montagne, les rivières, la forêt tropicale qui embrasse la mer, les plages de sable volcanique, l’humidité, les bananeraies et les champs de cannes à sucre. L’aile droite, à l’est, c’est la Grande-Terre, les plages de sable blanc, les lagons, les cocotiers et le microclimat chaud et sec. Deux mondes et une impressionnante diver­sité d’écosystèmes.

J’ai volontairement fait une croix sur la Grande-Terre, qui charme les vacanciers depuis des lustres, pour aller découvrir la Basse-Terre, l’aventurière.

Le tourisme vert en Guadeloupe : au-delà de la carte postale

Le tourisme vert s’est développé en Guadeloupe dans le but d’attirer une clientèle dynamique, ouverte sur le monde et sensible à l’environnement, en allant au-delà de la carte postale de la plage paradisiaque et en misant sur les splendeurs de la Basse-Terre et la diversité des écosystèmes de l’archipel.

«Le tourisme à la plage, c’est un peu dépassé», selon Joël Nelson, président de Guadeloupe Autrement, qui rassemble une trentaine de professionnels du tourisme durable dont les activités sont recommandées par le Parc national de la Guadeloupe. Je pense que les gens ont maintenant plus envie de voir du pays et de savoir comment les gens vivent au quotidien.»

Authenticité

«Il y a deux sortes de touristes: ceux qui vont à l’hôtel, qui ne veulent pas beaucoup bouger et qui suivent le programme sans se mélanger, et les autres, qui vont chez l’habitant et qui découvrent la Guadeloupe en la parcourant», m’a résumé Josette, une résidente de Baie-Mahault, juste à côté de la capitale Pointe-à-Pitre.

Lorsque j’ai rencontré cette retraitée rayonnante et chaleureuse, elle s’est montrée très enthousiaste à l’idée de me raconter sa Guadeloupe, de partager son histoire, même alourdie par l’esclavage, son île de mélanges, de métissages, à la croisée des cultures amérindiennes, africaines et européennes. Quand je lui ai dit que je voulais l’interviewer, elle m’a répondu «Pa ni pwoblem» et elle est revenue me voir le lendemain à midi avec des petits boudins antillais tout chauds et une bouteille de rhum arrangé que nous avons partagés le temps d’un apéro sous le soleil. Elle avait écrit un poème sur son île spécialement pour l’occasion, en le ponctuant d’une chanson. «En Guadeloupe, m’a-t-elle précisé, nous sommes joyeux et nous faisons tout en musique.»

En optant pour un hébergement chez l’habitant, vous vous donnez la chance de vous offrir des petits moments de bonheur simple comme ça, en apprenant plus sur votre lieu de villégiature que dans n’importe quel guide. C’est aussi la meilleure façon de dénicher de bonnes adresses. Pour manger, par exemple. C’est ainsi que je me suis retrouvé à la table de Gary Delumeau, le propriétaire du Tamarinier, à Saint-Claude, près de la ville de Basse-Terre, sur les conseils de Laurence chez qui je logeais ce soir-là.

Lorsque nous sommes entrés dans son boui-boui qui fleure bon le Colombo, un gars un peu débraillé est venu nous saluer et s’est assis à notre table. «Ici, on mange comme à la maison, une cuisine de famille, une cuisine locale, bien de chez nous», m’a prévenu Gary. Puis on a jasé ensemble de la Guadeloupe, en long, en large et en travers. On a parlé de colombo de porc, de «ouassous» (petites crevettes de rivière), de dorade grillée, de gratin de christophines, d’épices et de fruits exotiques. Des heures à voyager et à partager devant une assiette, sans chichis. On a même fermé la boutique après le départ de la cuisinière et du serveur.

Sports nature

Éric Barret et Laurence Vaillot, de l’organisme Vert intense, «vendent des sports nature» en Basse-Terre depuis plus de 20 ans. Lorsqu’on parle d’écotourisme, là-bas, leur nom revient souvent. Entre autres, ils emmènent leurs clients randonner ou faire du canyoning dans la forêt tropicale et ils estiment «qu’il n’y a pas d’autre choix que d’être respectueux d’un environnement pareil». Il faut reconnaître qu’on en prend plein la vue.

«On a assisté à un retour des gens vers des choses plus simples et une volonté d’être plus proches de la nature, raconte Éric, très attaché à son cadre de vie. On jouit d’un cadre naturel époustouflant, on est dans une réserve mondiale de la biosphère et dans le Parc national de la Guadeloupe. Disons que c’est propice pour conscientiser les gens à l’importance de le préserver. Après, on n’est pas non plus des philanthropes, mais il faut faire en sorte que notre impact sur cet environnement soit minimal.»

C’est aussi l’avis d’Hervé Hulin, chef de base aux Heures saines, l’un des clubs de plongée de la plage de Malendure, situé face à la Réserve Cousteau, à Bouillante. «On n’a pas d’autre choix que de respecter le milieu marin si on veut encore plonger dans 20 ans», m’a-t-il dit, en reconnaissant qu’il y avait une contradiction entre son propos et le fait d’utiliser des bateaux à moteur thermique. «Il y a des gestes qui peuvent faire la différence, comme ne pas jeter l’ancre, ne pas toucher les coraux et ne pas plonger avec de grandes palmes de chasse, par exemple.»

Précurseurs en matière de tourisme dura­ble dans leur coin de pays, Éric et Laurence ont ajouté une corde à leur arc écolo en développant une offre d’hébergement au pied de la Soufrière, les Bananes vertes, des écolodges construits au cœur d’un jardin tropical. «Nos cabanes sont en bois et sont conçues pour résister à l’arrachement et aux cyclones, m’a expliqué Laurence. Elles ont été montées sur des pieux – un système mis au point par le Québécois Martin Laberge de Techno Pieux FWI – pour ne pas dégrader le terrain et ne pas avoir recours à du béton. On récupère l’eau de pluie qui est filtrée plusieurs fois et qui est chauffée grâce à des panneaux solai­res. On a aussi privilégié des ampoules basse consommation pour limiter l’utilisation de l’électricité. On peut cuisiner sur des petites plaques au gaz et nous proposons uniquement des produits locaux à nos clients, comme le café et les confitures.» L’endroit est zen, bucolique et inspirant. Et ma case était franchement confortable.

Hébergement écolo

Martine et André sont arrivés de la métropole française il y a une éternité. Écolos dans l’âme, ils se sont installés sur les hauteurs de Bouillante, quasiment dans la forêt tropicale, où ils ont créé les gîtes Tigligli, dans une version plus minimaliste que les Bananes vertes. On se contente du minimum ici, mais je vous conseille d’expérimenter les deux approches.

«Tout ce que tu vois là, je l’ai fait avec mes mains», lance fièrement André, en me montrant les cases créoles en bois qu’il a construites pour accueillir des vacanciers en mal de nature. J’ai repris l’architecture créole, avec des aires ouvertes. Pas besoin de clim, la ventilation est naturelle. Si le vent entre, faut qu’il sorte, c’est pour ça que les murs ne vont pas jusqu’en haut. Et le toit, c’est de la tôle. La nuit, tu entends tous les bruits de la nature.»

«Dédé», qui veut préserver la nature pour ses enfants et ses petits-enfants, considère qu’il faut profiter du séjour des touristes pour les conscientiser et pour qu’ils se rendent compte que ça marche, de vivre écolo, en utilisant l’énergie solaire, en recyclant de l’eau et les déchets ou en achetant local. «Et puis on a des poules qui nettoient le terrain et on n’a pas besoin de tondre l’herbe grâce à nos petits cabris.

«L’écotourisme, c’est simple, ça veut dire être proche de la nature et pour être proche, il faut la connaître», m’a expliqué Martine, cette «grano» qui accompagne des petits groupes en randonnée, en poussant la logique du retour à la terre à son paroxysme. «Je leur apprends à se débrouiller avec ce qu’on trouve dans la forêt ou au bord de la mer. En bivouac, je ne prends ni assiette ni ustensiles, on fait avec ce qu’on trouve autour de nous. C’est une éducation», insiste-t-elle.

Mais lorsqu’on est chez Martine et André, on se sent bien, presque comme un membre de la famille. Le partage y est une valeur fondamentale, comme le soir de mon arrivée, où je n’ai pas eu d’autre choix que de venir trinquer et de rester à souper. Alors on a trinqué, à nous, à la nature, à la Guadeloupe, en écoutant chanter les grenouilles tropicales.


*Ce voyage a été rendu possible grâce à l’Office de tourisme des îles de la Guadeloupe et Atout France.

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