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La mainmise sur la question nationale

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Il y a quelques jours, je signais une chronique concernant les enjeux dont on devrait débattre durant la campagne électorale. N'y figurait pas: la souveraineté.

Il y a quelques jours, je signais une chronique concernant les enjeux dont on devrait débattre durant la campagne électorale. N'y figurait pas: la souveraineté.

Tout simplement parce que j'ai perdu espoir que les partis politiques en parlent de façon autre que caricaturale, mesquine ou fuyante dans le cadre d'une élection. J’avais oublié «d’une façon absurde», comme l’illustre la situation que nous vivons depuis quelques jours alors que la chef du PQ refuse de parler de souveraineté et que le chef du PLQ, après l’avoir ouverte, referme la possibilité de renouveler la constitution canadienne. Le monde à l’envers.

Ce débat loufoque explique en grande partie pourquoi la population en est venue à penser que les propositions des partis politiques souverainistes ou fédéralistes portant sur cette question sentent le coup fourré dont elle doit se méfier. Il est désormais devenu très clair qu’il faut remettre au peuple la responsabilité entière et exclusive d'un appel à un changement constitutionnel.

L’occasion était belle pour le PQ, dans cette campagne, de ramener la proposition d’un mandat d’initiative populaire qui donnerait aux citoyens la possibilité de choisir eux-mêmes la date et l’heure d’un référendum sur le statut constitutionnel du Québec. Il l’aurait fait qu’il ne serait pas piégé dans un débat surréaliste. Il aurait cependant fallu que le PQ évite, comme son projet initial le prévoyait, de diluer cette proposition en ouvrant la porte à de multiples référendums portant sur une diversité infinie de sujets et en permettant au gouvernement de conserver la possibilité de déclencher un référendum de son propre chef. Cela s’appelle faire semblant de s’en remettre au peuple.

Un véritable mandat d’initiative populaire (MIP) portant sur l’avenir constitutionnel du Québec comporterait les caractéristiques suivantes : 1) ce mandat ne devrait porter que sur un changement de statut constitutionnel; 2) il y aurait obligation pour le gouvernement, peu importe le parti au pouvoir, de tenir un référendum si plus ou moins

15% des électeurs le demandent en signant un registre en ce sens (en personne et selon un calendrier de 8 semaines); 3) le gouvernement serait obligé de tenir ce référendum dans les 6 mois suivant la fermeture des registres; 4) cet appel à un changement constitutionnel ne pourrait être répété durant les 10 ans suivant la tenue d'un référendum sur le même sujet; 5) le gouvernement, peu importe le parti au pouvoir, ne serait évidemment pas tenu de défendre un camp ou l’autre ; 6) d'aucune façon le gouvernement ne pourrait déclencher un référendum sur la question nationale de son propre chef. Seul le peuple, organisé autour de mouvements citoyens, pourrait appeler un référendum.

Il faut en finir avec cette approche qui veut que la liberté d’un peuple puisse être programmée, à partir de critères strictement tactiques, à une heure et à une date qui lui échappent! Le temps est venu d’enlever aux politiciens leur main mise cyniquement stratégique sur la question nationale.

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