/lifestyle/focus
Navigation
­L’Amérique du Nord

Une puissance énergétique

essence petrole carburant énergie
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

L’arrivée inattendue, il y a un peu plus de cinq ans, des technologies d’extraction du gaz et du pétrole de schiste est venue changer la donne dans le marché nord-américain de l’énergie. La pénurie de ressources auparavant redoutée a fait place à une croissance de la production accélérée.

«Ce n’était pas du tout sur le radar dans l’industrie, car on parlait alors, en Amérique du Nord, d’une pénurie de gaz naturel et, comme quoi, il allait falloir en importer d’ailleurs. Mais maintenant, le rythme de croissance de production de cette ressource aux États-Unis, entre autres, est phénoménal», indique la spécialiste des politiques et réglementations énergétiques de l’Université d’Ottawa, Monica Gattinger.

Les techniques de forage horizontal et de fracturation hydraulique ont permis d’extraire les ressources à de grandes profondeurs et de les exploiter de façon rentable. Jusqu’à présent, la rapidité et l’ampleur de ces changements se ressentent surtout aux États-Unis. Le Québec, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador ont pour leur part adopté des moratoires, précise Mme Gattinger.

Entre 2005 et 2012, souligne l’experte, les Américains ont ainsi vu la proportion de leur consommation liée aux importations pour toutes sources d’énergie confondues baisser pratiquement de moitié, soit de 30 % à 16 %. Selon certaines projections, cette tendance se poursuivra pour atteindre 5 % en 2040.

Pétrole de schiste

Le rêve de l’indépendance énergétique des Américains ne risque cependant pas de se concrétiser de sitôt, selon le spécialiste des politiques énergétiques à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

Si les prévisions pour le gaz naturel sont prometteuses, la ruée vers le pétrole de schiste ne sera pour sa part pas éternelle, si l’on se fie à la boule de cristal de la U.S. Energy Information Administration (EIA).

En effet, si les importations liées au pétrole se chiffraient à 40 % en 2012, elles baisseront ainsi à 25 % en 2016 pour remonter à 32 % en 2040.

«La production sera peut-être augmentée durant une quinzaine d’années, mais après elle va décliner», indique M. Pineau.

D’importateur à concurrent

Mme Gattinger est d’avis que ces changements viennent modifier la «nature» de l’intégration énergétique entre le Canada et son voisin.

Si les États-Unis avaient l’habitude d’importer du gaz naturel du Canada, ils peuvent maintenant le concurrencer.

L’économiste de l’Université d’Ottawa, Jean-Thomas Bernard, fait aussi valoir que «le problème est devenu beaucoup plus aigu» pour le pétrole albertain avec l’arrivée du pétrole de schiste. Il s’en produit environ un million de barils par jour aux États-Unis.

«Donc, c’est du nouveau pétrole qui s’est retrouvé dans le nord des États-Unis, mais entre l’Alberta et Houston, ce qui a contribué à engorger le marché dans ce coin-là», souligne-t-il.

Le projet pipelines Keystone XL - toujours en attente d’une approbation de l’administration Obama – vise justement à augmenter la capacité de transfert et à réduire les contraintes sur le réseau de transport pour ainsi permettre l’acheminement du pétrole albertain, jusqu’aux raffineries du Texas.

Selon Mme Gattinger, le débat entre les deux pays s’est maintenant élargi comme en témoignent les projets de pipeline dans l’air et qui visent à développer de nouveaux marchés pour le Canada.

«On parle maintenant de la possibilité d’exporter aux États-Unis, d’exporter dans les autres provinces, mais aussi de la possibilité d’exporter à l’international. Donc la dynamique est à trois niveaux», souligne-t-elle.

Commentaires