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Débat

Oui ou non au pétrole québécois?

Sables bitumineux
Photo Archives / Agence QMI Sables bitumineux a Fort McMurray, en Alberta.

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MONTRÉAL - Les écologistes et les organisations citoyennes sont farouchement contre, les organisations patronales et les chambres de commerce sont vivement en faveur. Doit-on explorer et exploiter le pétrole dans l’île d’Anticosti et dans l’est du Québec?

Le gouvernement Marois, qualifié de gouvernement vert au début de son mandat, avait dit non aux gaz de schiste, mais oui au pétrole de schiste de l’île d’Anticosti en annonçant une participation de 115 millions $ dans l’exploration.

La semaine dernière, le gouvernement Couillard, qui est aussi en accord avec le développement de cette filière, a toutefois affirmé que la ressource allait faire l’objet d’une étude environnementale stratégique (ÉES). Selon Steven Guilbeault, d’Équiterre, cette pause sera salutaire.

«C’est une bonne décision du gouvernement de faire cette étude», a-t-il affirmé lors d’un débat tenu mardi à la Maison du développement durable.

Selon M. Guibeault, le Québec ne doit pas développer cette filière pétrolière, une façon de faire qui dénote un vieux modèle économique.

«On ne peut espérer atteindre nos cibles de diminution des gaz à effet de serre si nous ne réduisons pas notre consommation de pétrole», a constaté l’écologiste qui rappelle l’engagement des pays au Sommet de Copenhague en 2009 de limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2 degrés.

Selon ce dernier, si le Québec décide d’exploiter son pétrole, la consommation serait augmentée par le fait même. Mais selon Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal, il n’y a pas de lien entre les deux.

«L’impact du pétrole s’observe seulement lorsqu’on le consomme, le brûle. On pourrait au contraire devenir un exemple dans le monde, comme le Danemark», a-t-il soutenu. Selon lui, le Québec doit dire oui à son pétrole, une ressource qui sera utilisée encore pour plusieurs années.

«Même si on en consomme moins et qu’on atteint nos cibles de réduction de GES dans plusieurs années, le Québec va encore avoir besoin de 120 000 barils de pétrole à chaque jour. Pourquoi ne pas utiliser notre propre pétrole», s’est-il demandé.

Aller chercher des revenus

Aussi panéliste, le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, le plus enthousiaste face à l’exploitation du pétrole québécois.

«Dans un contexte où le Québec n’est pas une province riche, on doit aller chercher des revenus et des profits de cette exploitation. Avec cet argent, on pourrait investir dans les énergies vertes et les développer aussi», a-t-il assuré.

Mais selon M. Guilbeault, il y a bien peu de chances d’aller chercher de véritables revenus avec le pétrole.

«Si c’était si intéressant, pourquoi les marchés financiers ou les grandes compagnies pétrolières n’ont pas voulu investir ici? Pourquoi c’est l’État qui a pris les risques?», s’est-il demandé.

Selon le président du conseil du patronat, le manque de règles claires écarte les investisseurs.

«Il n’y a pas de cadre réglementaire. Si je suis financier et je ne sais pas si j’ai le droit d’explorer, pourquoi j’irai de l’avant? Ça n’aide pas l’investissement», a-t-il fait valoir.

M. Pineau est lui aussi sceptique concernant les revenus qui pourront être retirés. Toutefois, il croit qu’il est nécessaire d’aller voir le sous-sol pour en avoir le cœur net.

«Le gouvernement va participer s’il y a des profits. Et il faut le savoir. Certains parlent qu’on pourra aller récupérer seulement 1 % du pétrole, l’industrie dit 5 %. On ne le sait pas actuellement», a-t-il plaidé.

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