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Armée

Une ancienne recrue de l'armée agressée par son instructeur déplore la lenteur du système

James Robichaud a vécu l’enfer après s’être enrolé dans les Forces canadiennes

James Robichaud
Photo Dominique La Haye James Robichaud

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Cinq ans après avoir vécu le régime de terreur de son instructeur dans l’armée, une ancienne recrue, James Robichaud, déplore la lenteur du directeur des poursuites militaires à porter des accusations.

L’homme de 48 ans, qui s’est enrôlé en octobre 2009 au centre de recrutement de Québec, soutient avoir été agressé physiquement et même menacé de mort à répétitions par son instructeur, lors de la formation de base qu’il a suivie à Saint-Jean-sur-le-Richelieu.

M. Robichaud relate un épisode marquant où lors d’un entraînement, on l’a forcé à courir malgré d’importantes blessures aux chevilles et même empêché d’aller consulter un médecin.

«Au bout de 400 mètres, mon tendon d’Achille a déchiré, je suis tombé par terre, confie-t-il. Je n’étais pas capable de mettre de poids sur ma jambe, comme si j’avais un couteau qui me coupait», poursuit-il.

Menacé de mort

C’est à ce moment-là où, dit-il, son instructeur l’aurait menacé de mort. «Il m’a pris, il m’a levé dans les airs et m’a secoué et m’a dit: «Si tu ne continues pas à courir, je te tue. Et j’ai 21 manières différentes pour le faire avec mes mains». Quand il m’a dit cela dans les yeux, je l’ai cru», se remémore l’ex-recrue.

Si M. Robichaud se destinait à une carrière dansl’armée, possiblement au sein des services de renseignements, il n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même et reçoit les services destinés aux anciens combattants.

Il conserve de nombreuses séquelles physiques et psychologiques qui le forcent à prendre une quinzaine de médicaments par jour et a reçu un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique. Il a aussi dû subir des traitements aux jambes, aux chevilles, aux tendons d’Achille, aux mollets, aux genoux et à l’épaule gauche.

Vie personnelle chamboulée

Le court séjour dans l’armée de ce père de famille a aussi chamboulé sa vie personnelle. Il poursuit maintenant sa bataille avec l’aide de son avocat, le colonel à la retraite, Me Michel Drapeau.

«J’aurais aimé être capable de poursuivre ma carrière, de voir jusqu’où j’aurais pu aller. Je ne veux plus qu’aucune recrue soit maltraitée comme j’ai été maltraité», s’exclame-t-il.

Si de son côté la police militaire affirme avoir recommandé, le 9 janvier dernier, que des accusations criminelles de voies de fait soient notamment portées contre l’instructeur, le directeur des poursuites militaires n’y a pour sa part pas encore donné suite.

Me Drapeau déplore le manque de suivi et affirme ne pas être tenu informé de l’évolution du dossier, malgré trois demandes acheminées auprès du directeur des poursuites militaires, entre novembre 2013 et juin dernier.

«On n’a même pas reçu de réponse. Ils ont l’obligation éthique comme avocat de me répondre. Ils n’ont pas encore répondu et à trois reprises», fait valoir l’avocat.

—-Avec la collaboration de Michelle Lamarche, TVA Nouvelles

Les faits
James Robichaud s’est enrôlé le 15 octobre 2009 dans l’Aviation royale canadienne au centre de recrutement des Forces à Québec.
Le 25 octobre 2009, il débute son cours de qualification militaire de base à l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes à Saint-Jean-sur-le-Richelieu.
Il raconte avoir été victime de plusieurs voies de fait et menaces de mort de la part de son instructeur entre octobre 2009 et janvier 2010.
Il a reçu un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique et a subi des opérations en raison de blessures aux jambes, chevilles, tendons d’Achille, mollets, genoux et à l’épaule gauche.
Le 30 avril 2012, M. Robichaud a dû quitter les Forces canadiennes.
Une enquête de la police militaire a été entreprise et 70 témoins ont été interrogés.
La police militaire a recommandé, le 9 janvier 2014, que des accusations criminelles de voies de fait, de conduite déshonorante et de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline soient portées. Le directeur des poursuites militaires n’y a pas encore donné suite.
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