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Comment apprécier le palmarès des écoles

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Est publié aujourd'hui au Journal de Québec et au Journal de Montréal (et aussi sur le Web) un cahier spécial de 32 pages qui contient plusieurs renseignements pouvant s'avérer utiles aux parents et aux élèves du Québec. Communément appelé «le palmarès des écoles secondaires», il présente les résultats d'une analyse de données compilées par l'Institut Fraser et prétend mieux renseigner les parents «lorsque vient le temps de choisir un établissement d'enseignement secondaire pour son enfant».

D'un naturel plutôt méfiant par rapport au traitement sensationnaliste que les médias ont offert dans le passé de cette publication (jadis au magazine l'Actualité), je demeure convaincu que pour être un brin utile, le parent qui consultera les informations qu'il contient doit prendre plusieurs précautions... Comparer des établissements entre eux s'avère souvent très hasardeux.

De fait, on y présente de trois manières différentes (privé/publique | par région administrative | individuellement), une analyse des résultats des élèves de 461 établissements scolaires dans cinq matières qui sont celles dont le ministère de l'Éducation (MELS) prévoit un examen obligatoire à la fin du secondaire. La première question qui se pose devient donc, «peut-on apprécier la juste valeur d'une école secondaire à partir exclusivement des résultats scolaires (dans certaines matières) des élèves qu'elle regroupe à la fin du secondaire ?»

«Il y a d’autres aspects de l’éducation qui ne sont pas mesurés, et j’accepte cette critique-là à 100 %», affirme Peter Cowley, le directeur des études sur la performance des écoles à l’Institut Fraser (source).

On sait que divers indicateurs particuliers sont pris en compte dans le calcul d'une cote, mais on ne connait pas la part relative de chacun de ces critères. Je recommande d'ailleurs la lecture attentive des informations qui permettent de mieux lire les tableaux présentant les résultats école par école pour une meilleure interprétation des données du palmarès...

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J'attire l'attention des internautes qui passent par ici sur quatre des «indicateurs» que contient ce tableau qui modèrent l'interprétation à donner à une cote d'école : le pourcentage d'élèves en retard, la proportion d'élèves EHDAA, la tendance et la proportion d'élèves qui ne terminent pas leurs études secondaires dans les délais prévus (progression - taux de retard %). Il me semble par exemple qu'en comparant les cotes égales de deux écoles, il faudrait tenir compte de ces indicateurs avant de préjuger de l'analyse de la performance des élèves. Une école qui accueille plus d'élèves en retard ou qui accueille une plus grande proportion d'élèves en difficulté (EHDAA) ou qui comporte dans ses effectifs moins d'élèves qui ne terminent pas ses études secondaires dans les délais «normaux» me semble avoir davantage «de mérite»...

Le meilleur exemple de cette situation que je pourrais apporter est celui de deux écoles de même cote (7,4) à Shawinigan, l'une privée (le Séminaire Sainte-Marie) et l'autre public (l’École secondaire Val-Mauricie). Je vous invite à aller comparer ces quatre indicateurs dans chacune des écoles. Voici un exemple où l'école publique semble bien tirer son épingle du jeu...

Il ne faudrait pas oublier non plus que la cote des écoles est le reflet des résultats des élèves en 2012-2013. Une tendance à la hausse d'une même école avec les années peut vouloir dire qu'une communauté éducative fait des efforts pour que les élèves aient de meilleurs résultats, ce qui est intéressant, il me semble, aussi.

Les écoles qui sélectionnent les élèves sur la base de leur capacité à mieux réussir Un parent devrait s'informer des pratiques de sélection existant dans un établissement avant de comparer deux cotes d'école. Ainsi, cet indicateur n'est pas présent dans le calcul de la cote et fausse la capacité de comparer deux milieux éducatifs. À Québec, on sait qu'au Séminaire Saint-François ou à l'Externat Saint-Jean Eudes (deux écoles privées), certaines pratiques de sélection d'élèves sur la base de leur capacité à mieux réussir existent ainsi qu'à Rochebelle ou Cardinal-Roy (deux écoles publiques). On doit en tenir compte.

Bien peu d'écoles privées sélectionnent les élèves sur la base de leur capacité à mieux réussir, en dehors de Montréal en particulier, malgré ce qui est souvent véhiculé par les détracteurs du réseau privé. C'est qu'il y a souvent autant de places disponibles que de demandes dans la grande majorité des écoles privées du Québec. Sélectionner voudrait dire «se priver» d'élèves et c'est «un luxe» que très peu d'écoles privées peuvent se permettre...

Il suffit d'aller consulter la fiche des écoles privées qui offrent des services de résidence en Estrie, par exemple, pour rapidement constater le fort pourcentage d'élèves en retard ou qui ont des difficultés. Les élèves de ces écoles privées réussissent très bien quand on tient compte de ce facteur, par rapport à d'autres écoles privées qui accueillent davantage d'élèves pour qui apprendre semble venir plus facilement... Le privé, dans toutes les régions, comporte son lot d'écoles qui font leur part pour accueillir différents types d'élèves.

Au public, il y a aussi des écoles qui sélectionnent et c'est souvent le cas dans des milieux qui offrent des programmes particuliers (éducation internationales, sports-études, etc.). On ne sera donc pas surpris quand on regarde du côté des classements par réseau (privé et public) de retrouver en haut du palmarès, des élèves d'écoles où existent certaines pratiques de sélection.

Sur ce sujet, un mérite certain devrait être accordé, par exemple, à certaines écoles où il y a peu ou pas de sélection, dont les élèves réussissent au point de hisser leur établissement vers le haut du classement. Pour ce qui est des écoles publiques, je pense à la Polyvalente de l’Ancienne-Lorette, à la Polyvalente Horizon-Blanc à Fermont ou au St-Patrick’s high school, à Québec. Au privé, je crois qu'on pourrait placer dans cette catégorie, l’Académie Ste-Thérèse (Blainville), l’école Pasteur (Montréal) ou le Séminaire Salésiens (Sherbrooke).

La bonne école pour son enfant... La cote moyenne des écoles est de 6.0 sur 10. De manière générale, il faut aller bien au-delà de cette cote pour se faire une idée de ce qui pourrait constituer «la bonne école» pour son enfant.

Dans une école de haut de classement, où le rythme d'apprentissage serait trop rapide, où la pression à devoir «réussir à tout prix» serait forte, on pourrait facilement croire que ce milieu serait inadapté pour plusieurs enfants. La meilleure école est souvent celle qui correspond au bon profil de chacun. C'est souvent celle où certaines activités parascolaires motivantes y sont bien organisées. Ça peut aussi être celle qui a aménagé un encadrement adapté à la personnalité d'un type d'enfant. Tous les élèves n'ont pas les mêmes aptitudes à s'épanouir au Collège Jean-de-Brébeuf... si on comprend que je veux induire.

Une statistique qui se dégage de l'analyse des résultats commande d'ailleurs beaucoup de réflexion sur les écoles québécoises : 94,5 % des écoles en 2012-2013 présentaient un résultat favorable aux filles en langue d'enseignement et 66,1 % des écoles, un résultat favorable aux filles en mathématiques. Qu'est-ce que cela nous dit des conditions à mettre en oeuvre pour favoriser une meilleure réussite scolaire des garçons ?

Est-ce que l'utilisation des nouvelles technologies en classe pourraient contribuer à agir sur cette difficulté à rejoindre les garçons comme il semble que ce soit le cas au Collège Jean-Eudes (Montréal) ?

«Le iPad a changé complètement la dynamique de mes cours de français, surtout pour les gars, fait valoir Dominic Désilets. C'est un élément de motivation supplémentaire.»

Le palmarès des écoles comporte plusieurs limites. Il a tendance à montrer là où se trouvent les élèves qui réussissent le mieux, pas nécessairement les meilleures écoles pour un enfant.

Il pointe aussi vers des écoles qui ont fait beaucoup d'efforts pour que leurs élèves réussissent mieux, comme à la polyvalente de Black Lake (Thetford Mines) qui a gravi 247 rangs dans le classement en 5 ans...

«C'est une petite école de 400 élèves. La proximité aide beaucoup. Si un enfant a des difficultés, la réponse est rapide», affirme la directrice de la polyvalente, Pascale Chamberland.»

Je suggère aux parents de d'abord visiter des écoles qui semblent correspondre à vos priorités pour votre enfant. Posez ensuite vos questions à même ces visites et observez attentivement les réactions de votre enfant. Vérifiez avec les parents d'élèves qui ont déjà fréquenté le même établissement. Il est bien possible que ces démarches soient plus utiles que le cahier de 32 pages publié aujourd'hui ou à tout le moins, qu'elles vous aident à relativiser les informations qu'il contient.

Mon collègue blogueur Réjean Parent pense que le palmarès des écoles est inutile. Je vous invite à le lire, mais je ne suis pas de son avis. Bien utilisé, consulté dans l'esprit des limites qu'il contient, il peut constituer un outil, parmi d'autres, pour s'aider à se faire une tête sur le choix d'école à privilégier pour son enfant.

Dans le passé, il m'est arrivé d'écrire sur le sujet (1, 2) et je vous invite à vous faire votre propre opinion sur la pertinence de ce genre de présentation de résultats d'élèves en pensant davantage à ce qui serait bon pour la réussite de votre enfant que ce qui se placerait bien dans une conversation.

Il est bien possible de trouver satisfaction dans le palmarès des écoles, à condition de ne pas se laisser impressionner outre-meusre par le classement des écoles. Il me semble que l'étude des fiches individuelles des écoles peut constituer la source de bonnes questions à formuler aux éducateurs que vous rencontrerez au fil de vos visites d'établissements scolaires de ce printemps 2014.

Mise à jour : La Fédération des établissements d'enseignement privés émet des réserves à l'égard des palmarès d'écoles.

7 commentaire(s)

Luc Papineau dit :
8 novembre 2014 à 6 h 58 min

Sérieusement, monsieur Asselin, vous croyez que les gens vont tenir compte de toutes ces précisions? Dans ma région, on retrouve deux écoles, une publique et une privée, qui offrent sensiblement le même programme. Or, depuis quelques années, l'une voit ses inscriptions toujours à la hausse tandis que l'autre a connu des moments difficiles. Et pourtant, la première est définitivement évaluée plus bas que la seconde. Autant de parents peuvent-ils se tromper?

Denis dit :
8 novembre 2014 à 9 h 55 min

Je crois que vous avez une bonne approche pour mettre en perspective le classement. Le premier commentaire écrit mais c'est sûr que les parents ne regardent pas tout cela et on peut dire la même chose pour les étudiants qui choisissent une université.

Vous avez pas tant de choix devant vous. Le palmarès ou plutôt les résultats notamment aux examens du MELS peuvent être des indicateurs si votre école progresse ou non. C'est tout et il faut aller voir pourquoi.

Tu peux avoir à faire un choix juste entre deux écoles. Et cela dépend beaucoup des valeurs du parent, de son portefeuille aussi mais bien plus de son vécu et de sa perception.

Des anciens élèves du privé qui ne voulaient pas y aller dans le temps peuvent en être devenus des fervents partisans du moins pour leurs propres enfants. Des anciens du privé qui y ont fait tout leur secondaire peuvent eux relativiser et trouver qu'ils auraient au final aussi bien réussi au public mais comment le savoir ? Et un coup que vous avez commencé à un endroit si cela va bien pour vous et qu'il vous reste des amis là, pourquoi changer ?

Non je ne crois pas aux cotes affichées mais c'est bien possible que le classement reflète très fidèlement les résultats aux examens du ministère et le taux de réussite de l'école mais cela ne me dit aucunement que l'école est vraiment meilleure, il faut savoir le pourquoi de ces résultats. Et si un élève ne réussit pas son examen dans une classe en quoi pertube-t-il vraiment les autres ? Il recommencera son année s'il faut bien qu'on aurait aimé mieux qu'il réussisse mais cela me dit pas que l'école à manquer à ses devoirs ni même les parents d'ailleurs.

Denis dit :
8 novembre 2014 à 10 h 23 min

Je suis sur le lien donné par l'Institut fraser et je compare quatre écoles secondaires de ma région et que je connais je dirais suffisamment pour bien les percevoir. Je ne dirais pas pour autant qu'i faut choisir l'école selon la position dans le classement.

Ma perception est quand même que l'ordre établi entre les quatre écoles je metterais le même mais pour ce qui est de la cote globale attribuée ? Jamais de la vie ! La différence n'est pas aussi grande que cela.

C,est le second cycle qui est évalué et si les problèmes sociaux sont moins nombreux, est-ce parce que l,école est vraiment meilleure ou c'est plus facile d'être bon ?

Une différence entre 5,6 et 5,4 pour deux écoles publiques n'est pas si grande finalement mais peut être suffisante.

Et une école privée qui a 9,3 versus une autre qui a 7,7 ? La différence semble énorme mais où est l'équipe de football dans l'école mieux classée ? Ils en ont pas ? En qui est-elle meilleure alors pour le sportif ?

L'enfant a un potentiel artistique... Il est pas 100 fois mieux à F.A.CE. qu'à Brébeuf ? c'est de permettre à l'enfant de se découvrir et de développer ses talents qui importe d,abord et bien plus que de réussir les examens du ministère ou réussir en 5 ans. Puis même décrocher de l'école bien qu'on ne le recommande pas pourrait être la chose à faire dans certains cas.

Chaque élève est différent.

Por l'école, je vois une école privée et le report card. c'est bien simple, chaque cuvée d'lèves diffère d'une année à l'autre. vous pouvez avoir une cuvée très forte et avoir un 10 et l'année d'après tomber à 8,6. L'école a-t-elle vraiment changé ? Je ne pense pas.

Pauline Saumure dit :
8 novembre 2014 à 14 h 05 min

Selon moi, les meilleures polyvalentes sont celles qui rendent le plus d'étudiants à la réussite du secondaire V incluant les maths fortes, chimie, biologie, ajoutant une bonne base en anglais. Le gros secondaire, comme je dis. Il nous faut plus d'étudiants en sciences pures. Bien beau le social et les arts, il en faut mais je trouve qu'il en a trop.

De la polyvalente ensuite l'école privée où ma fille a fait les 3 dernières années de son secondaire, il n'avait que les maths moyennes et fortes. Elle a choisi, par elle-même, même si réussi ses maths de l'année, de prendre un cours d'été pour faire comme les autres ses maths fortes. Dans les écoles privées, il n'a pas de maths faibles.

Denis dit :
8 novembre 2014 à 15 h 38 min

Allez voir le bulletin (report card) des écoles classées dans le bas du classement...

Cela n'a aucun espèce de bon sens et ici je ne parle pas du calcul de la cote globale mais des difficultés que doivent vivre ces écoles.

Ce n'est pas nécessairement que l'école est mauvaise c'est que la côte à remonter est tellement brute et les problèmes tellement grands. Le directeur du privé démissionnerait au bout de trois jours. Les meilleurs enseignants que l'on retrouve au privé seraient en dépression , les autres abandonneraient tous la profession à tout jamais ! Comment cela ? La situation est par trop pénible.

Quand près de la moitié de vos élèves (49,7%) sont handicapés ou en trouble d'apprentissage, que 34,1% sont en retard, que 49,9% de vos élèves ont échoué. Comment faire en sorte de ne pas être désespéré ?

La note moyenne en maths ? 41,6%.

Une autre école ? 61,7% des élèves EHDAA. Est-il mieux de les regrouper ensemble ? Mais les autres alors ?

Les bons élèves peuvent quand même réussir partout mais un moment donné, il faut venir en aide à ces écoles là. C'est inacceptable de leur donner de telles conditions.

Une polyvalente de Longueuil ? 38,1% de EHDAA (handicapés ou ayant des troubles d'apprentissage). Il faudrait séparer ces élèves là des autres alors ou au moins une bonne partie. Ce n'est pas pour les discriminer, c'est pour s'arranger qu'ils ne tirent pas toute l'école vers le bas. En haut de 30%, peut-être 25% ou 33 et1/3% cela est invivable.

24,1% de EHDAA dans une autre école, bien là on approche le 25%... cette école a un bien plus gros défi à relever que Brébeuf. Une autre polyvalente à Saint-Jean-sur-Richelieu en a 30,1%... C'est beaucoup. Les polyvalentes sont trop grosses et pour plusieurs accueillent trop d'élèves en difficulté mais où vont-ils aller ? Ouvrez plus d'écoles, réduisez leur taille et ayant une clientèle diversifiée. Il y a des...

Denis dit :
8 novembre 2014 à 15 h 52 min

Il y a des limites à ce qu'on peut demander aux écoles de faire. Ce sont presque des miracles qu'on demande aux écoles du bas du classement.

Cela doit se produire a l'occasion avec certains élèves, ce sont de belles histoires.

44,2 de EHDAA à Val-d'Or... Cette école n'est que 232 ième dans le classement ? Par contre, c'est une petite école, 113 élèves, ils ont peut-être une formule.

Ils ont des conditions difficiles tout en trouvant une solution en étant pas trop gros. Bien cela mérite bien une note de 8/10 et non un médiocre 5,7.

Bref je ne suis pas contre le classement en fonction des résultats mais ce n'est pas le réel rendement de l'école cela. J'aime le bulletins, par contre, qui permettent d'avoir l'information, les polyvalentes de Montréal les plus défavorisées ont besoin d'aide et cela urge ! Les chiffres le montrent. C'est complètement inacceptable de tolérer cela.

holosan dit :
8 novembre 2014 à 16 h 31 min

Est-ce qu'il y a une donnée sur les élèves que le privé retourne au public en les expulsant tout en gardant les subventions versées après le 30 septembre?