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Les vraies affaires

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Le débat sur les services de garde éducatifs ressemble à s’y méprendre à celui que l’on a tenu en 2012 sur les frais de scolarité: on parle de sous, mais pas d’éducation. Navrant.

Le débat sur les services de garde éducatifs ressemble à s’y méprendre à celui que l’on a tenu en 2012 sur les frais de scolarité: on parle de sous, mais pas d’éducation. Navrant.

Dans ce débat mené à partir de ballons d’essai lancés par le gouvernement, on a complètement occulté ce qui avait mené à la création de ces services: le développement optimal de tous nos jeunes enfants, aussi bien ceux dont les parents travaillent que ceux dont les parents peinent à se trouver un emploi ou sont aux études. En quoi cette augmentation des tarifs va-t-elle renforcer la qualité des services de garde éducatifs que nos enfants fréquentent? La ministre de la Famille s’évertue à répéter cette phrase creuse: «tout est sur la table». Faux.

Sous la table se cache quelque chose de très gros: la commercialisation des services de garde et la création de places à rabais.

C’est essentiellement ce qui animait le gouvernement de Jean Charest durant sa réingénérite aiguë et c’est ce qui anime encore ce gouvernement. Alors que les places en garderies commerciales représentaient 1 % de l’ensemble en 2003, elles en occupent désormais 18 %. Crédits d’impôt aidant, plus la contribution des parents augmente, moins grande est la différence entre ce que doivent payer les parents pour que leur enfant se retrouve en services de garde subventionnés ou non. On ouvre ainsi toutes grandes les portes des garderies commerciales.

Sans nier qu’il puisse y avoir des garderies commerciales de qualité, il faudra bien un jour que la ministre de la Famille explique pourquoi le taux de plaintes y est toujours plus élevé que dans les CPE. Il faudra bien qu’elle nous démontre, données à l’appui, comment la commercialisation des services de garde peut assurer la présence d’éducatrices aussi bien formées que dans le réseau des services sans but lucratif.

Comment une entreprise commerciale peut concilier une recherche légitime de profits avec des conditions de travail équivalentes à celles de coopératives de services sans but lucratif? Comment, vu ces conditions de travail, elles peuvent éviter un roulement perpétuel du personnel qui met à mal la présence familière et rassurante d’éducatrices dont les enfants et les parents ont besoin? Comment ces entreprises commerciales de garde d’enfants peuvent garantir, sans programme de formation continue, sans un service-conseil en appui au personnel, un environnement à la fine pointe des connaissances dans le domaine?

En quoi ces garderies commerciales sont obligées, comme dans le réseau des services subventionnés, d’offrir un programme éducatif fondé sur des bases scientifiques solides? Comment ces garderies commerciales peuvent contribuer à faciliter l’accès aux enfants vulnérables et de milieux défavorisés? En quoi ces garderies sont tenues de faire une place majoritaire sur leur conseil d’administration aux parents comme dans les services de garde sans but lucratif, parents qui sont des sentinelles essentielles du bien-être de leurs enfants ?

La ministre de la Famille doit nous dire impérativement en quoi cette bascule vers des entreprises commerciales bénéficierait à nos tout-petits.

 
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