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Sainte-Martine

Terre toxique déversée aux bords de la rivière

Des sols contaminés provenant de chantiers montréalais entassés dans un village de la Rive-Sud

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Des milliers de tonnes de terre contaminée provenant de chantiers de construction de Montréal s’accumuleraient en bordure de la rivière Châteauguay, à Sainte-Martine, au nez et à la barbe du ministère de l’Environnement.

«C’est une catastrophe. On ne peut pas laisser faire ça», gronde Marie Klaudia Dubé, la présidente de l’association Les amis et riverains de la rivière Châteauguay. Elle s’inquiète de l’impact de cette terre sur la santé et l’écosystème.

D’après des documents obtenus par le Journal, la terre provient de divers sites de construction de Montréal, notamment d’un chantier de la rue Crescent au centre-ville, et de celui du futur Hôpital des Shriners, au coin du boulevard Décarie et de la rue Saint-Jacques, où s’érige le nouveau CUSM.

L’analyse du terrain excavé sur la rue Crescent révèle une contamination aux hydrocarbures et aux métaux lourds.

«Très peu de sol» respecte le critère A qui lui permettrait d’être déposé sur un terrain résidentiel, indique l’inspectrice du ministère de l’Environnement, Lucie Veilleux, dans un rapport qu’a obtenu Le Journal.

Selon Anne-Marie Saint-Cerny de la Société pour vaincre la pollution (SVP), les inquiétudes de Mme Dubé sont donc tout à fait justifiées. «Ce serait miraculeux que cette terre soit saine, elle vient d’une zone toxique», souligne-t-elle.

5$ par camion de terre

C’est pourtant bien sur un terrain résidentiel de Sainte-Martine, dans un décor champêtre, au bord de la rivière Châteauguay, que cette terre a été déposée. Depuis, plus rien n’y pousse.

Tout a commencé il y a deux ans quand un résident du Chemin de la Haute-Rivière a décidé de remblayer son terrain pour en éliminer la pente. Quelques mois plus tôt, un entrepreneur en pick-up boueux était venu frapper aux portes du quartier, se souvient un voisin.

«Il proposait de nous donner 5$ par camion de terre qu’il livrerait et qu’il viendrait compacter chez nous», raconte-t-il sous couvert de l’anonymat.

Plus d’un millier de camions de terres ont ainsi été livrés, sans aucune autorisation de la Ville de Sainte-Martine, et cela en zone inondable.

Aller-retour incessants

«Des journées entières d’aller-retour de camions. 50 camions en ligne, des fois», relate l’inspecteur municipal de Sainte-Martine, Christian Leduc.

Au printemps dernier, la rivière est montée formant un véritable lac au pied du monticule, sur les terres des voisins. Elle pourrait alors avoir drainé des matières toxiques, une fois retournée dans son lit.

«Il faut faire quelque chose. C’est inacceptable, plaide Mme Dubé. La rivière n’appartient pas à un individu. C’est un bien collectif.»

Le riverain qui a accueilli la terre n’a reçu aucune amende de la part du Ministère ou de la Ville. Il n’a pas répondu aux nombreux appels du Journal.

 

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