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Béliveau, le capitaine

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flambeau Jean Béliveau passe le Flambeau à Brian Gionta, plus récent capitaine à avoir mené le Canadien en série (crédit www.canadiens.com)

Jean Béliveau n’est plus. Avec son départ, c’est une époque qui s’éteint, mais également une partie de l’âme du Canadien qui est remise en lumière.

Imaginez. Près de 20 saisons complètes avec le Canadien; deuxième joueur de l’histoire à atteindre les 1000 points; 10 Coupes Stanley comme joueur, un total de 17 comme membre de l’organisation; un trophée Art Ross (championnat des marqueurs); deux Hart (joueur le plus utile); premier récipiendaire du Conn Smythe.

Imaginez encore. Quand Béliveau a commencé à jouer à Montréal, Frank J. Selke était directeur général, Dick Irvin entraîneur, Maurice Richard leader offensif et Émile Bouchard quart-arrière. À son départ, c’était Sam Pollock et Claude Ruel qui menaient le club, l’ère de Serge Savard et de son Big Three s’ouvrait et un jeune gardien du nom de Ken Dryden remportait sa première Coupe Stanley.

Portant le « C », pendant dix saisons, un record qu’il partage étrangement avec Saku Koivu, Béliveau a un pied dans chacune de deux plus glorieuses dynasties du Tricolore. Le capitaine a dirigé le navire entre l'ancien et le nouveau monde du hockey.

Plus que de l’élégance

Tous soulignent la gentilhommerie de Jean Béliveau, mais c’est probablement dans l’héritage qu’il a transmis à plusieurs générations de hockeyeurs québécois ou qui ont porté l’uniforme du Canadien que sa contribution est la plus importante.

Pour en témoigner, voyez le beau message émis hier soir par Brandon Prust, qui égale l’élégance du regretté.

Prust

Prust, joueur issu de la génération Y et natif de London, Ontario, sait ce que ses coéquipiers comme tous les fans du Canadien doivent au Grand Jean.

Une tradition

Maurice Richard, avec son chandail taché de sang, a donné une identité au Canadien de Montréal. À travers chacune de ses montées au filet et à chaque coup de poing reçu sur la gueule, il a offert à notre peuple une métaphore de son sort, pour citer Loco Locass.

Jean Béliveau a donné autre chose aux Canadiens de Montréal, passés et actuels. Il leur a transmis une tradition.

Par son long passage comme joueur et par le rôle qu’il a tenu dans l’organisation jusqu’en 1993, il en a marqué la continuité pendant plus de quarante ans. Le respect des anciens, le développement du rôle d’ambassadeur et l’implication sociale du Canadien dans de multiples causes caritatives, c’est beaucoup lui.

En gros, si quelqu’un venu au monde en 1982 et vivant en pleine nation « Nordiques » sent qu’il ne pourra jamais lâcher le CH, c’est beaucoup à cause de Jean Béliveau. Le Canadien, équipe qui fait des profits même pendant les années de misère, lui en doit toute une. Si Max Pacioretty, P.K. Subban et Carey Price peuvent être considérés comme les successeurs de Bernard Geoffrion, Doug Harvey et Jacques Plante, c’est grâce au mythe du Flambeau qu'il a contribué plus que nul autre à bâtir.

Merci à vous, grand capitaine. Souhaitons-leur une Coupe Stanley, à ces jeunes millionnaires, histoire d’avoir la chance de se montrer digne de votre grand héritage.

Et surtout, exprimons notre sympathie à ses proches. On est souvent porté à l’oublier lorsqu’un tel homme meurt, mais pour beaucoup de gens, bien avant la légende, c’est un époux, un père, un grand-père ou un ami qui disparaît.