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Abandonnée par le système de santé

Une octogénaire vit seule dans une maison insalubre avec plus d’une vingtaine de chats

À Armagh, une femme de 84 ans vit avec ses 20 chats dans des conditions insalubres.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Racine À Armagh, une femme de 84 ans vit avec ses 20 chats dans des conditions insalubres.

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Seule dans sa maison, une octogénaire de la région de Bellechasse vit avec plus d’une vingtaine de chats dans une insalubrité totale alors que le système de santé semble incapable de lui fournir les soins appropriés.

Une puissante odeur d’urine et d’excrément monte au nez en pénétrant chez «Madame minou», que tout le monde connaît à Armagh, au sud-est de Lévis.

Récemment, une dizaine de chats morts ont été enterrés près de son domicile par des proches. Les bêtes sont maigres et une lente agonie les guette. L’une d’entre elles urine du sang. L’aînée de 84 ans se mouche avec un sous-vêtement qu’elle place dans sa veste de laine déchirée. «Mes chats meurent et je ne sais pas pourquoi», lance-t-elle.

À Armagh, une femme de 84 ans vit avec ses 20 chats dans des conditions insalubres.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Racine

Santé menacée

Encombrée de déchets et de vêtements sales, la salle de bain se trouve dans un état pitoyable. Deux autres pièces du logement sont condamnées par une accumulation de détritus, un signe précurseur de maladie mentale.

«Elle sort le soir et elle ramasse toute sorte de choses», signale une voisine.

Dans la cuisine, les chats sautent sur les comptoirs délabrés. Dans la chambre à coucher, «Madame minou» a placé des circulaires sur son lit pour absorber leurs besoins. Faut-il comprendre que la pauvre vieille dort à travers les selles? Partout, les fenêtres ont été camouflées. À l’extérieur, rien n’est apparent puisque le bâtiment a subi un minimum d’entretien. L’octogénaire n’a pas le téléphone.

En discutant avec les gens de la municipalité, on apprend que la dame aurait plus d’une dizaine d’enfants toujours en vie. L’une de ses filles serait en Floride.

En augmentation

«Madame minou» refuse de quitter sa résidence et de se départir de ses animaux. Des citoyens lui ont donné du bois de chauffage, mais plusieurs craignent un incendie.

«Il y a des limites à ce qu’une municipalité peut faire. Des gens comme elle, il y en a beaucoup plus que vous pensez et leur nombre risque d’augmenter encore», mentionne la directrice générale d’Armagh, Sylvie Vachon.

Le règlement municipal permet un maximum de trois chats, mais une amende ne serait d’aucune utilité.

À Armagh, une femme de 84 ans vit avec ses 20 chats dans des conditions insalubres.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Racine
 
Difficile de forcer une personne à quitter son domicile
 
Il est très difficile de forcer une personne à quitter sa résidence contre son gré, explique l’infirmier de la rue, Gilles Kègle, qui a déjà vu plusieurs cas semblables depuis trois décennies.
 
Seize heures par jour, sept jours par semaine depuis 29 ans, le bénévole du quartier Saint-Roch à Québec s’occupe des plus démunis et des personnes vivant dans la solitude. «Contre son gré, c’est difficile. Selon la loi, on ne peut pas. À moins que la personne soit en danger», affirme l’homme de 72 ans, appelé à commenter le cas de la dame d’Armagh.
 
Près de Québec, Gilles Kègle et son équipe font du maintien à domicile complet avec jusqu’à six visites par jour pour garder les gens chez eux convenablement. En région, la situation est différente.
 
«Normalement, ce sont les travailleurs sociaux des CLSC qui doivent voir à ça. C’est leur travail. Mais eux aussi sont débordés.»
 
En dernier recours, lorsqu’il faut protéger quelqu’un, un placement devient inévitable. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), qui s’occupe du bien-être des animaux, a répondu qu’il s’agissait d’un problème de santé.
 
Pour sa part, le personnel du CLSC de Saint-Lazare, affilié au CSSS Alphonse-Desjardins, a été alerté, mais il n’a pas été possible de savoir ce qui a été fait puisque le dossier est confidentiel.