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Procréation collective

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C’est littéralement un sentiment d’horreur que je ressens à chaque fois que j’entends quelqu’un dire que « le droit à l’enfant n’existe pas ». Plus récemment, c’est un de mes amis, pourtant papa, qui me disait qu’avoir des enfants était la décision la plus égoïste qu’une personne puisse prendre, en ce sens qu’on faisait un enfant pour soi avant toute chose.

Bref, ça m’apparaît être largement consensuel, dans notre société moderne, de penser que la décision d’avoir des enfants est strictement individuelle. J’espère me tromper.

Non pas qu’il faille faire des bébés pour les autres. Il me semble toutefois qu’à l’inverse, on ne devrait certainement pas décourager les gens qui en ont envie.

 

D’un strict point de vue économique

Le Québec a une faible natalité. L’indicateur a connu un léger sursaut quand les enfants des baby-boomers se sont mis à se reproduire eux aussi, mais il commence déjà à redescendre maintenant que c’est au tour des enfants des X. Ça pose un problème démographique et économique qui met nos finances publiques au défi. Un pépin de plusieurs milliards que l’immigration seule ne viendra pas régler.

Sans penser que la procréation assistée représente en elle-même une solution, est-ce qu’on ne se tire pas soi-même dans le pied en retirant notre aide à des gens qui sont désireux d’avoir des enfants et de les soutenir jusqu’à l’âge adulte?

Je veux dire, je ne suis pas économiste et encore moins actuaire. Mes chiffres n’ont peut-être aucun bon sens. (Corrigez-moi en commentaire, si la chose vous intéresse.) Mais les démarches en procréation assistée d’un couple, elles coûtent combien par enfant, en tout et pour tout? 20 000 $? 30 000 $, à tout casser?

Et ce charmant petit loupiot, il va nous rapporter combien, au seul chapitre des finances publiques, une fois qu’il sera devenu payeur de taxes et d’impôts? Est-ce que c’est moi où ça se compte plutôt en centaines de milles?

Je vous le dis, corrigez-moi si je me trompe. Ça se peut que le compte n’y soit pas, quand on calcule les facteurs de risque de complications (encore que la procréation assistée remboursée par l’État les réduise...), les charges médicales et éducatives normales d’un enfant, etc. Mais il me semble que lorsqu’on regarde ça rapidement, dépenser aujourd’hui pour permettre l’existence d’un humain de plus, c’est comme investir en épargne. Ça va nous rapporter pas mal plus demain.

Je le répète encore : ça se peut que je sois complètement à côté de la plaque. Mais justement, on dirait que personne ne le fait, le calcul. On présente la procréation assistée comme une perte nette, destinée à contenter le besoin soi-disant narcissique de se reproduire. Il me semble que c’est beaucoup plus complexe que ça...

 

D’un point de vue sociétal

Certes, on ne dira pas aux gens de faire des enfants simplement parce que c’est bon pour les finances publiques et pour l’économie, que petit zygote deviendra également travailleur et consommateur. Il sera aussi, surtout, citoyen.

On entend parfois que ça prend tout un village pour élever un enfant. On le dit pas mal plus souvent qu’on ne l’applique, en fait.

On a des adultes qui ont de l’amour à donner. Ils ont envie de vivre cette expérience, la plus terrifiante, exigeante et stimulante qui soit, celle de donner la vie. Et on pense vraiment, comme société, que c’est un geste purement nombriliste?

Moi, me semble que si, subitement, tout le monde renonçait à ce désir prétendument si individualiste que de vouloir se reproduire, il nous arriverait collectivement quelque chose de très plate. Genre, disparaître.

Oui, OK, quand on fait un bébé, on ne se dit pas : « Le gouvernement va être content, plein d’argent pour placer grand-maman! » Mais il faut être singulièrement débranché de notre condition pour en venir à considérer l’acte qui conduit à la pérennité de l’espèce comme étant strictement individuel.

Je n’ai pas d’enfant. J’en veux. Je ne sais même pas si je suis fertile. Je n’ai pas encore essayé. (Vous comprenez ce que je veux dire par « essayer », bande de coquins...)

Mais, du haut de ma trentaine célibataire et de ma vision bien romantique de la parentalité, je suis convaincu qu’il n’y a pas un geste de société plus fort que celui de faire un enfant. C’est un pari sur l’avenir, un acte de foi quant à ce qu’on peut devenir comme groupe. C’est surtout la volonté de rencontrer une nouvelle personne qui va aimer à son tour, créer des liens avec plein d’autres gens et, peut-être, avoir des bébés elle aussi.

Maintenant, il y a d’autres considérations. Oui, il y a un enjeu de finances publiques. Oui, des questions d’ordre éthique et médical à se poser. On fait bien de se poser des questions. C'est juste le discours ambiant que je trouve agressant.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on pourrait quand même reconnaître que, non, le souhait de faire des enfants, ce n’est pas strictement égoïste?

En commençant par régler ça, il me semble qu’on ferait déjà un pas vers un débat plus intelligent et surtout plus humain.

 

**AJOUT – 15 h 30** On me fait parvenir une étude réalisée par IS&B, économie simplifiée pour le compte de l’Association des couples infertiles du Québec. Ses grandes lignes ont été rapportées dans un article d’Ariane Lacoursière, paru sur lapresse.ca. On n’y trouve pas un rapport coût-bénéfice individuel pour chaque naissance, ce qui est sans doute difficile à établir. Ceci dit, on y postule qu’au moment où chaque cohorte atteint l’âge de 19 ans, elle contribue à réduire le déficit du Québec, en compensant le déclin démographique. Pour les trois cohortes nées au moment de l’étude, on évalue que leur contribution supplémentaire aux finances publiques atteindra un montant annuel de 73 M$.