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L’art dans nos vies

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Comme plusieurs pays d’Occident dirigés par des conservateurs, le Québec fait actuellement le choix de couper les vivres aux arts et aux artistes.

Comme plusieurs pays d’Occident dirigés par des conservateurs, le Québec fait actuellement le choix de couper les vivres aux arts et aux artistes.

On songe à éliminer les crédits d’impôt qui comptent pour une large part des budgets de nos films, on investit dans un amphithéâtre de hockey de 500 M$ plutôt que dans un projet de salle de théâtre mené par l’un des plus grands metteurs en scène vivants et les médias qui traitent de littérature parlent en fait de... manuels de cuisine, dans 97 % des cas!

Nous sommes à l’heure du dogme économiste «full blast» et en cela les libéraux de Philippe Couillard comme les conservateurs de Stephen Harper sont à la pointe de leur époque. Le cycle politique actuel est caractérisé par une classe politique de gestionnaires qui rêvent et espèrent en colonnes de chiffres. Pour ces gens, l’art est un concept abstrait qui se limite aux reliquats pépères de d’autres siècles. Pour ces gens, l’art est un petit luxe du vendredi soir pour se changer les idées.

Avez-vous vu un ministre à Espace Libre, à La Licorne, au Prospero ou Aux Écuries cette année? Avez-vous vu un élu dans une salle du cinéma de l’Excentris ou du Beaubien, dans un show de danse contemporaine, de musique émergente ou de poésie? Il fut pourtant un temps où les élites politiques étaient des gens cultivés et instruits qui avaient une vraie relation à l’art (et à la pensée).

L’appui de l’État

Or, dans un petit pays francophone comme le nôtre qui n’a pas vraiment de tradition de mécénat privé, l’art (et surtout la recherche qui mène à l’art) est impossible sans appui de l’État.

Le Québec aurait-il les moyens de se passer des prochaines Pauline Julien, Louise Lecavalier, Evelyne de la Chenelière, Dominique Blain ou Gabrielle Roy? Le Québec aurait-il les moyens de se passer des prochains Xavier Dolan, Réjean Ducharme, Frédéric Back, Marc Séguin, Wajdi Mouawad ou Olivier Choinière?

Je suis convaincu que non. De tous temps, les arts ont été synonymes d’émancipation. De tous temps, l’atelier des artistes a été un incubateur de nouvelles idées, un avant-poste du progrès. De Refus Global à aujourd’hui, le pays moderne (et l’idée du pays) s’est bâtit avec la contribution colossale des artistes.

Des inventeurs-fous

Si on veut juguler la crise écologique et sociale actuelle (la crise de civilisation?); si on veut retrouver un point d’équilibre dans ce monde à la dérive et s’affranchir des unijambistes de l’Institut économique; si on veut se libérer des chapelets crépusculaires de la chambre de commerce; si on veut ouvrir des brèches dans les murs du paradigme économique dominant... il nous faudra des inventeurs-fous.

Il nous faudra un plein bataillon de chercheurs d’île et de prospecteurs. Il nous faudra des gens pour nous entraîner loin du vide interstellaire de la télé. Il nous faudra des gens pour refonder notre imaginaire et nous apprendre à aller à l’encontre du malaise américain.

De manière urgente, comme peuple et comme espèce, il nous faudra investir dans la recherche et le développement d’un autre siècle de Lumières.