/news/health
Navigation

Nos aînés ont les pires dents au Canada

Leur santé buccale comparée à celle de pays du tiers monde par des experts

Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».

Coup d'oeil sur cet article

Les aînés québécois ont les dents les moins en santé au pays, estiment des experts, qui jugent la situation «alarmante» et comparable à celle observée dans certains pays du tiers monde.

À la fin de l’année 2014, pas moins de 58 % des Québécois portaient des prothèses dentaires. Et le quart d’entre eux n’avaient plus aucune dent naturelle, révèlent des données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) consultées par Le Journal.

Les chiffres sont encore plus troublants chez les Québécois âgés de plus de 65 ans et révèlent un écart «important» par rapport à la situation observée ailleurs au Cana­da, où les problèmes de santé dentaire sont deux fois moins nombreux.

«Il semble que la santé buccodentaire des personnes âgées soit laissée pour compte. Elle retient peu l’attention des gouvernements, des citoyens et des chercheurs», souligne l’enquête dont nous avons obtenu copie.

« Alarmant »

Selon l’Ordre des dentistes du Québec, la situation de la santé buccodentaire des personnes âgées est «alarmante».

Le vice-doyen aux études supérieures et à la recherche en médecine dentaire de l’Université Laval, le Dr Christian Caron, abonde dans le même sens.

Il affirme que «la situation des gens en perte d’autonomie est une situation de tiers monde qui est inacceptable au Québec, mais aussi au Canada.»

Selon l’expert, qui est responsable d’un programme de formation spécialisée en gérodontologie, les Québécois doivent «se prendre en main et poser des gestes concrets pour régler ça».

«Il faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale», dit-il, en soulignant que les maladies de la bouche ont des répercussions négatives graves.

«Il est possible aujourd’hui de lier des problèmes cardiovasculaires et des troubles du contrôle du diabète à la mauvaise santé buccale, ajoute-t-il. La bouche, ça fait partie du corps», précise le Dr Caron.

Le pire à venir ?

Agissant comme dentiste spécialiste auprès des personnes en perte d’autonomie, Christian Caron dit faire face à des cas «d’horreur», alors que l’état de santé de plusieurs bouches est en totale décrépitude.

Il craint que le vieillissement de la population québécoise ne fasse qu’engendrer de nouveaux problèmes.

«Par exemple, [les personnes en perte d’autonomie] développent la maladie d’Alzheimer, la démence, rappelle-t-il. Et là, ils n’ont plus la capacité de prendre soin eux-mêmes de leur bouche», relate le dentiste qui traite des patients à domicile.


Santé des dents
 
Aucune dent naturelle
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 24,2 %
 
Canada : 12,8 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 31 %
 
Canada : 53 %
 
Porter des prothèses
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 57,8 %
 
Canada : 33,2 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 82 %
 
Canada : 62 %
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 61 %
 
Canada : 39 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 11 %
 
Canada : 36 %
 
Trois ans et plus
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 24,4 %
 
Canada : 14,2 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 23 %
 
Canada : 38 %
 
Entre un an et trois ans
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 19,1 %
 
Canada : 15,1 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 19 %
 
Canada : 15 %
 
Moins d’un an
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Chez les 45 ans et plus
 
Québec : 56,5 %
 
Canada : 70,7 %
 
65 ans et plus
 
Québec : 58 %
 
Canada : 72 %
 
Le Dr Christian Caron estime qu’il «faut considérer le lien entre la santé buccale et la santé générale».
Photo courtoisie
 
Sources : Statistiques Québec, novembre 2014
 
Les personnes âgées sans assurances
Depuis quelques années, le Dr Christian Caron donne des soins dentaires à domicile.
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark
Depuis quelques années, le Dr Christian Caron donne des soins dentaires à domicile.
 
Partout au pays, la proportion des personnes ayant une assurance dentaire diminue avec l’âge. Toutefois, la réduction est fulgurante comparativement aux autres provinces, si bien, que seulement 11 % des gens âgés de 65 ans et plus ont une assurance dentaire.
 
«Le passage à la retraite complète signifie souvent l’abandon de l’assurance collective parrainée par l’employeur», souligne l’enquête. Une fois l’heure de la retraite arrivée, ce sont 41 des Canadiens qui déclare avoir toujours une assurance pour les frais dentaires, alors qu’au Québec ils sont seulement 16 %.
 
L’étude affirme que les frais dentaires «sont dispendieux» et que les dépenses attribuées par les compagnies d’assurances au Canada chaque année sont de l’ordre de 11,9 milliards de dollars.
 
Service à domicile
 
Depuis quelques années, le Dr Christian Caron donne des soins dentaires à domicile.
 
Il vient d’ailleurs de mettre sur pied les soins dentaires portatifs. Dans des valises, Dr Caron transporte tous les instruments afin de faire des nettoya­ges, des chirurgies et des examens.
 
En partenariat avec le CHU de Québec, ces cliniques dentaires portatives pourront permettre à plusieurs personnes en perte d’autonomie d’obtenir des soins dentaires sans devoir se déplacer. L’installation est impressionnante.
 
« Quelqu’un de très patient »
 
Suzie Bernard, qui agit comme assistante dentaire auprès du Dr Caron, est une ancienne préposée aux bénéficiaires. Elle souligne que, parfois, les personnes en perte d’autonomie «sont agressives. Elles ne sont même pas capables de nous dire si elles ont mal. (...) Le Dr Caron est quelqu’un de très patient. Il est capable de les calmer», dit-elle.