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Un heureux pessimiste

Sylvain Larocque aborde l’aspect personnel avec Dans le blanc des yeux

Un heureux pessimiste
Photo Simon Clark

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Toujours aussi pertinent et perspicace, Sylvain Larocque propose son quatrième spectacle en carrière, plus personnel, sans pudeur, et il réitère son statut de «magicien des mots».

Celui qui met sa plume au service des autres depuis 20 ans renoue avec les planches avec Dans le blanc des yeux, dont la première québécoise avait lieu mercredi, à la salle Albert-Rousseau.

Après une entrée en scène sur une musique de Dumas, composée sur mesure pour son spectacle (mis en scène par Stéphane E. Roy), Sylvain Larocque demande à son public d’être ouvert d’esprit et d’avoir envie de rire différemment. Et on s’y prête volontiers.

Le numéro sur son apparence constituait un excellent départ et donnait le ton à une soirée sur fond d’autodérision. Il a expliqué à quel point l’image qu’il dégageait ne reflétait pas son intérieur.

Les métaphores sur sa «face de marde», comme il le dit, étaient savoureuses. «Je suis comme un magasin de bonbon avec une vitrine de surplus d’armée. (...) Je suis plus sympathique par courriel qu’en personne!» Sylvain Larocque a enchaîné avec un numéro fort efficace sur le langage corporel, en confiant à quel point son corps n’est pas connecté avec son cerveau.

Victime d’intimidation au primaire, en grande partie à cause de son oeil, il a utilisé sa tribune, sa voix grave et rocailleuse, pour répondre à ses intimidateurs 30 ans plus tard, en ressortant un cahier Canada dans lequel il avait noté les insultes.

L’humoriste a fait un clin d’oeil original à ses complices qui l’ont aidé à l’écriture, soit Laurent Paquin, Pierre-Bruno Rivard et Yanik De Martino. Il a rassemblé dans un numéro tous les gags que ces derniers lui avaient suggéré de laisser tomber.

Un regard pessimiste

Religion, immigration, situation du Québec, environnement... La deuxième partie de ce spectacle avec entracte est plus axée sur la société. L’humoriste a amorcé avec un numéro sur l’importance du bilinguisme, dans lequel il a pris plaisir à mélanger les deux langues.

Il a servi une leçon comme quoi il ne faut s’attendre à rien dans la vie, car les pessimistes, eux ne sont jamais déçus. Son regard sur le monde et ses attentes sont teintés de pessimisme, mais c’est sa manière d’être heureux.

L’anecdote qui raconte qu’il a failli frapper Boucar Diouf ouvre un excellent numéro sur le racisme. Il différencie les vrais racistes d’avec «la matante qui après trois crèmes de menthe avoue que son voisin sent les épices».

Il a glissé en terrain plus politique en plaignant les immigrants qui viennent ici pour profiter du système de santé. «C’est comme aller à La Tuque pour voir une parade de mode.»

Celui qu’on surnomme le magicien des mots a brillamment joué avec les chiffres dans un numéro original sur les mathématiques. «Tanné que les Québécois se comportent comme un peuple conquis», Sylvain Larocque a conclu son spectacle avec un numéro sur les ressources naturelles.

Sylvain Larocque sera en supplémentaire à la salle Albert-Rousseau le 25 février 2016.